Le manuscrit de Georges

de Pierre COUSIN

Il y a des choses comme ça qu'on aimerait bien oublier et qui restent toujours collées dans notre tête. Elles sont plus fortes que nous, faut croire, elles savent se cacher quand on veut les jeter dans le caniveau et hop! un jour les voilà qui se montrent alors qu'on n'a rien demandé.

Editions Ex Aequo, 2017, 68 p.
Editions Ex Aequo, 2017, 68 p.

Georges vit seul. Son quotidien est constitué de Rose, la boulangère dont il est amoureux sans oser lui avouer. De Véronique, la fleuriste chez qui Georges passe tous les matins pour respirer les parfums des nouvelles compositions - peut-être un jour osera-t-il offrir un bouquet de roses à Rose? De son copain Franz, surtout, à qui il pose toutes les questions qui le turlupinent autour d'un chocolat chaud ou d'une bonne limonade.

 

Il y a aussi le Docteur Monsieur Maurice, quand Georges doit aller à l'hôpital. Et Louisette, qui le fait écrire quand ça va mal parce que ça aide à comprendre. Malgré tout Georges semble heureux, non ?

Mon avis :

Quand un homme simple d'esprit, par le regard plein de naïveté et de poésie qu'il porte sur les petites choses de la vie, nous les fait envisager sous un œil neuf.

Ecouter "la musique de mon petit voisin d'en face", caresser doucement le tronc des arbres, écouter les bruits de la nuit, rêver en regardant les étoiles, observer la pluie qui tombe... Georges savoure tout autour de lui. Il est attentif à chaque personne qu'il croise, ses voisins d'immeuble, les gens se baladant au parc, prenant plaisir à regarder, échanger, imaginer. Pour certains il est un peu fou. Et si Georges n'était qu'un rêveur qui envisage le monde avec une pointe de fantaisie?

 

On ne sait rien de lui, pas même son âge, ni d'où il vient, il ne travaille pas. Et pourtant le personnage est touchant. On le sent fragile, pourquoi fait-il des séjours réguliers à l'hôpital où il est bien connu du personnel soignant? "Des fois je ne vais pas très bien", "dormir m'angoisse". Il semble perturbé par "des choses d'avant", sans que rien ne soit précisé, des problèmes de mémoire apparemment ("La mémoire c'est une drôle de chose"), un traumatisme? Un déni, comme le suggère la métaphore des valises ("Tout le monde a ses petits et grands secrets, ses petits et grands soucis, ses petites et grandes souffrances. Chacun a sa propre valise pour porter tout ça, chaque jour de sa vie. - Oh moi ça va, je la laisse toujours à la maison ma valise!").

 

Quoi qu'il en soit, "tu es heureux comme tu es, Georges!". Enfin... Tout irait bien mieux s'il osait enfin avouer son amour à Mademoiselle Rose la boulangère! Mais ce qu'il adviendra de Georges, on ne le saura pas, et c'est bien frustrant. Le roman se termine de manière abrupte, sans aucune explication sur toutes les zones d'ombre entourant le personnage. Son acte final, véritable déclencheur, va-t-il débloquer la situation ou au contraire l'empirer? Et comment expliquer le titre du livre ("manuscrit") alors que le héros n'écrit rien? A chacun d'envisager ses propres réponses, de remplir les blancs de ce bout d'histoire qui, comme toujours chez Pierre Cousin, encourage une autre vision du monde, plus sereine, plus méditative, en pleine conscience de ce que nous vivons au quotidien.

Août 2019

voir aussi "Et la lune, là-haut" de Muriel Zürcher
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