Le temps des râteaux

roman de Hervé MESTRON

Le mépris, c'est encore plus pathétique venant d'un chien que d'un humain.

Zinedi, 2018, 136 p.
Zinedi, 2018, 136 p.

Édouard est un adolescent comme tant d'autres, boutonneux, fainéant, amoureux de la belle Nicoline qu'il ne sait pas comment aborder et surtout, accro aux jeux vidéo.

 

Exaspérée, sa mère l'emmène chez le médecin qui lui proscrit tous ses écrans et lui prescrit... de la marche à pied ! La mère d'Édouard, qui note chaque jour son nombre de pas, lui confisque sa carte de bus et lui déniche un job de promeneur de chiens.

 

C’est ainsi qu’Edouard fait la connaissance de Princesse Butterfly, un Yorkshire du sixième arrondissement, avec qui il va tisser une relation assez particulière. En effet, le chien lit dans ses pensées comme lui-même lit dans les pensées du chien...

Mon avis :

Attention, roman humoristique à lire au second degré !..

En réalité, même si le texte est truffé de répliques savoureusement cinglantes, la situation de départ met en exergue les relations difficiles qu'entretiennent Edouard et sa mère (avec qui il vit seul) : "A l'époque, j'étais assez innocent pour croire que ma mère était parfaite. Puis en grandissant, j'ai compris." Edouard, c'est l'adolescent dans toute sa splendeur, alors on comprend que sa mère soit désespérée. De son côté, la mère a visiblement "des lubies de son âge" (manger bio, manger équilibré...) et "elle me saoule", "c'est le service militaire à domicile maintenant", bref "elle mériterait que je la dénonce à la DASS" ! Il faut dire que, privé de tout ce qu'il aime, Edouard se sent "tel un fauve en cage", cependant ces deux-là ont visiblement un problème de communication.

 

Edouard est persuadé que sa mère ne l'aime pas alors que pour elle, "ma vie c'est toi". Bon, ce n'est pas en l'emmenant chez le docteur Hara[ki]ri que les choses vont s'arranger... "On avait tous les deux des tas de choses à se dire mais ça ne voulait pas sortir". Une relation conflictuelle basée sur une incompréhension mutuelle que va progressivement débloquer un... chien. Et pas n'importe quel chien ! Princesse Butterfly est un "chien de compétition" habitué aux concours, "un chien mannequin dressé pour vendre du rêve", en un mot : une "snob" ! On imagine le désarroi d'Edouard lorsqu'il se met à entendre sa voix dans sa tête... Est-ce le sevrage de ses addictions qui le rend fou ?! L'adolescent préfère se convaincre qu'il est "doté d'une qualité hors du commun", d'un don extraordinaire qui le rend "unique", se persuader que "je valais le coup d'être connu" : converser avec un minuscule yorkshire (et plus si affinités !), "plutôt que de voir ça comme un problème, je me suis dit que c'était un plus dans ma vie". Dans ces épisodes délirants où Edouard est tour à tour ridicule et touchant, il révèle une certaine fragilité masquée derrière son assurance clownesque.

 

Et si au bout du compte Princesse B. se révèle quelque peu manipulatrice ("je laisse un chien me tartiner la conscience alors que je suis entouré d'êtres humains. Mais aucun d'eux cependant ne me tend la main."), l'aventure aura sensibilisé le héros au point de vue de sa mère qui, visiblement, hésite à refaire sa vie par peur de le blesser : "C'était son fils par-dessus tout". Peu à peu, il émet "l'envie de la prendre dans mes bras" (sans pourtant oser) et de la défendre : "Celui qui essaiera d’embrouiller ma mère, je le tue, par Internet". Il commence à l'appeler "Maman" (plus intime que "ma mère"), réalise que "une mère, ce n'est pas garanti à vie" et finit par être "fier d'elle, elle a enfin osé quelque chose". Ça a du bon d'être "coaché par un chien", une vraie "équipe gagnante" !..

 

Cependant l'élément déterminant, ce seront "les informations sur ma naissance" qu'Edouard obtiendra de sa tante Gazou. Là, véritablement, l'adolescent va "accepter qui je suis, à savoir quelqu'un pas tout à fait comme les autres, rempli de trésors cachés" qui n'ont rien à voir avec "ce fichu clebs". Il pourra alors affirmer "j'avais changé, je n'étais plus l'Edouard aux mains maculées de problèmes" (mais pas "d'argent" pour autant), plus serein, d'autant plus que maintenant que sa mère assume sa vie sentimentale, "elle allait enfin me lâcher la grappe" !

 

Patricia Deschamps, avril 2018

du même auteur
du même auteur
du même auteur
du même auteur
du même auteur
du même auteur

relations mère/ado
relations mère/ado

Retrouvez Takalirsa sur Facebook, Babelio, Instagram  Youtube, Twitter et Tik Tok

Making of d'une chronique