Isoline

roman de Judith GAUTIER, paru en 1882

- J'ai l'illusion de la liberté aujourd'hui, disait Isoline, et je vous dois ce bonheur de savoir qu'une joie partagée se double.

Talents Hauts, 2019, 141 p.  (Les Plumées)
Talents Hauts, 2019, 141 p. (Les Plumées)

Gilbert, lieutenant de marine, est en permission pour se rétablir après une maladie. Mélancolique, il trouve la vie ennuyeuse et pense que rien ne peut toucher son cœur, lorsqu’il croise le chemin d’Isoline et en tombe amoureux.

 

De son côté, la jeune fille, qui vit isolée dans un château où son père refuse de lui parler et évite tout rapport avec elle, pense n’avoir plus rien à espérer de la vie. Sa rencontre avec Gilbert va changer ses perspectives et la relation amicale qu’ils nouent va rapidement se transformer en passion amoureuse.

 

Mais le père d’Isoline ne l’entend pas de cette oreille et décide d’enfermer la jeune fille dans un couvent.

Mon avis :

La collection "Les Plumées" a pour objectif de réhabiliter les femmes de lettres évincées par des siècles de domination masculine. Dans sa "note d'intention", l'éditrice évoque celles dont on s'est approprié les recherches (le fameux effet Matilda), celles dont l’œuvre a été pillée (comme Colette par son mari Willy), décrédibilisée, qui ont dû prendre un pseudonyme (George Sand), ou que les circonstances sociales ont empêché d'écrire (Virginia Wolf). Ici il est question de Judith Gautier, fille du célèbre écrivain Théophile Gautier (notamment connu pour Le roman de la momie), dont les écrits sont tombés dans l'oubli.

 

Avec ce roman se déroulant à Dinan, sur la côte bretonne, on est en plein dans le romantisme propre au XIXe siècle. Gilbert, qui a dû rejoindre la terre ferme à cause d'une mauvaise fièvre, est un marin mélancolique à qui la mer manque cruellement, et qui souffre d'un spleen lié à la solitude et au manque d'air. Alors qu'il traîne son ennui, il croise la jeune Isoline et tombe aussitôt amoureux d'elle. Cependant il va lui falloir apprivoiser cette "belle plante sauvage emplie d'épines". En effet, la jeune femme a été élevée de manière particulière: pour une obscure raison, son père l'a laissée grandir isolée (d'où son prénom) dans le château familial, où il ne se rend que très peu et refusant chaque fois de voir sa fille confiée à un intendant, et qui a d'abord été élevée par une nourrice, puis éduquée par un prêtre.

 

Un grand mystère règne ainsi autour de l'héroïne, renforçant l'intérêt de Gilbert (et du lecteur). Le récit adopte les deux points de vue tour à tour, et celui-ci se construit entre découverte de leurs personnalités et balades où ils apprennent à se connaître. Comme dans toute oeuvre romantique, la nature, longuement décrite, suit les humeurs du jeune couple, se montrant tantôt morose, tantôt lumineuse, influant par là-même la peinture des lieux. Aux côtés de Gilbert, Isoline découvre le monde et s'ouvre des perspectives. La fin, malicieuse, réjouit.

C'est donc une excellente idée que d'avoir créé cette collection, riche de nombreux autres textes et auteures oubliés.

Patricia Deschamps, février 2020



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