La mare au diable

de George SAND (1804-1876)

Née Aurore Dupin en 1804, George Sand vit de sa plume et conquiert son indépendance. Séparée de son mari, elle défend les droits des femmes dans ses ouvrages et s'investit dans la révolution de 1848.

source image : Wikipedia
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La petite Aurore Dupin a reçu une double éducation, aristocratique et paysanne : son précepteur lui enseigne le latin et les sciences, tandis que dans la campagne de Nohant, elle s'initie à la vie champêtre. Elle épouse en 1822 le baron Casimir Dudevant, qu'elle quittera huit ans plus tard et dont elle a deux enfants. Avec l'accord de son mari, elle quitte Nohant et revient habiter Paris. Elle fait la connaissance de Latouche, Balzac, Monnier, Janin et écrit un roman en collaboration avec Jules Sandeau, Rose et Blanche, signé J.Sand.

 

En 1831 lorsqu'elle eut conquis son indépendance, George Sand chercha d'abord le bonheur dans l'amour. Elle devient la maîtresse de Jules Sandeau et décide brusquement de changer de vie. Elle adopte le pseudonyme de George Sand. Dans ses premiers romans, elle revendique pour les femmes le droit à la passion et lance l'anathème aux conventions mondaines, aux préjugés sociaux, aux règles de la morale.

 

En 1833, elle rompt avec Jules Sandeau et commence à 29 ans une légendaire liaison avec Alfred de Musset. Parti pour l'Italie, à Venise, le couple traverse une crise majeure. Sand tombe amoureuse de Pagello, le médecin de Musset. A partir de 1835, George Sand, qui subit l'influence de Pierre Leroux, se mêle à l'agitation politique. Elle rencontre l'avocat républicain Michel de Bourges, qui l'intéresse aux idées socialistes. Leur liaison, orageuse, dura jusqu'en 1837. Sous l'influence de son amant, elle fréquente les principaux conspirateurs de l'époque. Dès juin 1838 commence sa liaison avec Chopin.

 

Les romans de la seconde période d'inspiration sociale témoignent de la ferveur nouvelle pour la cause du peuple. Le succès est immédiat, critiques et public accueillent avec sympathie une suite de récits champêtres, où elle témoigne de son amour pour la terre natale et de sa sympathie pour les paysans qu'elle décrit pour en montrer la noblesse et même la grandeur, face à des auteurs qui, comme Balzac peint les paysans comme des êtres grossiers, dépourvus de sensibilité. Ainsi paraissent la Mare au diable (1846) et François le Champi (1850). Ses derniers romans sont au contraire dépourvus de toute exaltation. George Sand décède le 8 juin 1876, laissant un roman inachevé, Albine.

Source : Les grands auteurs romantiques du XIXe siècle

Librio, 2003, 122 p.
Librio, 2003, 122 p.

 

Germain, 28 ans, veuf et père de trois enfants décide, un peu à contre-cœur, de suivre le conseil de son beau-père et de se rendre au village de Fourche afin de rencontrer une jeune veuve en vue de se remarier. Il emmène avec lui Marie, jeune fille de 16 ans qui doit aller occuper un poste de bergère ainsi que son fils, le petit Pierre.

 

Mais le soir venu, ils se perdent dans la forêt et se voient contraints de passer la nuit sur place. Près de « La mare au diable » (lieu supposément magique), Germain confie à Marie qu'il est en train de tomber amoureux d'elle mais celle-ci le repousse, l'estimant trop âgé…

L'avis de Fabien, bibliothécaire :

Publié en 1846 et dédié à Frédéric Chopin, La mare au diable est probablement le plus célèbre des romans de George Sand. L'histoire est simple mais touchante et même si Marie nous semble un peu inutilement compliquée, on finit par s'attacher à Germain, le veuf « trop âgé » (à 28 ans !) qui cherche maladroitement à séduire sa belle. Certes, l'ensemble peut sembler « vieillot » et certains dialogues un peu niais prêtent à sourire mais l'écriture, simple et limpide, fait qu'on passe un très agréable moment. La mare au diable est également un bel hommage au monde paysan, et les dernières pages évoquent d'ailleurs un mariage berrichon dans ses moindres détails. A mon humble avis, ces dernières pages longuettes rompent un peu le charme mais elles n'empêchent pas La mare au diable d'être une lecture très plaisante.

Août 2016

François le Champi

Folio classique, 2012, 288 p.
Folio classique, 2012, 288 p.

L'histoire se déroule au XIXe siècle au Cormouer, un petit village du Berry. François est un champi, c'est à dire qu'il a été trouvé abandonné dans les champs. Il est recueilli par Zabelle, une paysanne âgée, mais son propriétaire, le meunier Cadet Blanchet, déteste les champis et la pousse à se séparer de l'enfant et à le laisser à l'hospice.

 

Émue par le sort réservé au jeune garçon, Madeleine, l'épouse du cruel meunier propose à Zabelle de s'occuper de François en cachette. Les années passent et Madeleine nourrit et instruit l'enfant le plus discrètement possible mais à l'adolescence une rumeur malveillante concernant leur relation poussera le meunier à chasser François, cette fois pour de bon.

 

Celui-ci ne reviendra au Cormouer que bien plus tard, à la mort du meunier, mais ses sentiments envers Madeleine ont évolué...

L'avis de Fabien, bibliothécaire :

Paru en 1848, ce court roman nous raconte l'histoire de François, ce « champi » qui va bien évidemment faire mentir la légende prétendant que ceux-ci deviennent obligatoirement voleurs et paresseux. On a là affaire à une belle âme, notre héros étant visiblement pourvu de toutes les qualités. Aimant, travailleur, honnête... tant et si bien qu'on a du mal à s'attacher à un héros aussi lisse et que l'on tombe régulièrement dans une certaine mièvrerie. Heureusement le style lumineux de George Sand fait que l'on ne s'ennuie pas et que l'on suit avec intérêt le bon François jusqu'au final plutôt surprenant et qui a quelquefois choqué. En conclusion et avec tout le respect dû à la grande George Sand, son François le Champi est agréable mais pas non plus indispensable.

Août 2016

La petite Fadette

Sylvain et Landry sont deux jumeaux (deux «bessons») qui grandissent dans une ferme du Berry. Très attachés l’un à l’autre, les deux enfants vivent un déchirement quand Landry s’en va travailler dans une ferme voisine. Sylvain, très chagriné, rend visite à son frère tous les jours mais celui-ci se fait rapidement à sa nouvelle vie à la ferme du père Caillaud et vit mieux que son frère cet éloignement.

 

Un dimanche où Landry rend visite à sa famille, Sylvain disparaît. Landry part immédiatement à sa recherche et finit par le retrouver au bord d’une rivière grâce à l’intervention de la petite Fanchon dite Fadette, sauvageonne mal aimée par le voisinage à cause de son apparence négligée et des soupçons de sorcellerie qui pèsent sur elle. Celle-ci, en échange du service rendu, exige de Landry qu’il la fasse danser au bal du village…

L'avis de Fabien :

Décor champêtre, amours contrariées, bons sentiments, voire leçons de morale... pas de doute on est bien chez George Sand. Mais La petite Fadette est pour moi le plus attachant des romans de la dame et a bien mieux vieilli que La mare au diable ou François le Champi. On s’en doute, Fadette, victime des préjugés et du qu’en dira-t-on va se révéler être une personne pourvue de bien des qualités sous son aspect un peu repoussant qu’elle ne va d’ailleurs pas garder bien longtemps. Métamorphosée par l’amour, elle va devenir belle, sage et respectée et pour tout dire un peu trop lisse, on est en droit de la préférer sauvageonne et malicieuse.

Mais le plus marquant est la relation entre les jumeaux. Dès les premières pages, l’auteur glisse subtilement que celle-ci est condamnée à plus ou moins long terme («... presque toujours il faut que l’un des deux périsse pour que l’autre se porte bien»). Sylvain va développer un amour exclusif et obsessionnel pour son frère et sa jalousie maladive va faire de sa vie un enfer. A priori peu sympathique, ce personnage pour le moins tourmenté est pour moi le plus intéressant du roman. 

Bien qu’employant souvent des mots issus du patois berrichon, le style reste fluide et imagé comme toujours chez George Sand et cette petite Fadette est au final l’ouvrage de l’auteur que je conseillerais en priorité.

Septembre 2016

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