Double assassinat dans la rue Morgue

d'Edgar Allan POE (Boston,1809-Baltimore,1849)

C'est en publiant des recueils de poèmes qu'Edgar Allan Poe se fait connaître. Parallèlement, il entame une carrière de journaliste qui, grâce au succès de ses critiques littéraires, le mène à un poste de rédacteur en chef. Il épouse sa cousine Virginia d'à peine quatorze ans et s'attelle à l'écriture d'un roman (le seul qu'il achèvera) : Les aventures d'Arthur Gordon Pym (1837).


Mais toujours à la recherche d'une situation meilleure, Poe quitte New York pour Philadelphie. Éternels voyages, éternelles errances qu'un mauvais caractère et un penchant pour l'alcool n'arrangent pas. Il continue à écrire et à publier, notamment La chute de la maison Usher et Le Scarabée d'or, qui finissent par lui apporter une certaine considération. En 1845, son poème le plus célèbre, Le Corbeau, lui vaut enfin le succès.


Considérablement affecté par la maladie puis la mort de son épouse Virginia en 1847, Poe boit de plus belle et sombre dans la folie. En septembre 1849, il quitte Richmond et prend un bateau à destination de Baltimore, où il arrive le lendemain. Personne ne sait ce qu'il fait pendant les quatre jours suivants. Il est retrouvé à demi conscient dans une taverne. Transporté d'urgence à l'hôpital, il passe trois jours en proie au délire avant de mourir, à l'âge de 40 ans.


La célébrité d'Edgar Allan Poe n'a cessé de croître après sa mort, notamment en France grâce aux traductions du poète Charles Baudelaire. De 1852 à 1865, Baudelaire a réuni les récits de Poe en plusieurs recueils : les Histoires extraordinaires, les Nouvelles Histoires extraordinaires et les Histoires grotesques et sérieuses, rendant ainsi hommage à un grand génie trop tôt disparu.

Sources :

Je bouquine n°328, juin 2011

Virgule n°106, avril 2013

- Nouvelle policière, 1841 -

C'est dans le Graham's magazine qu'est publié, en avril 1841, Double assassinat dans la rue Morgue, récit qui inaugure un cycle de nouvelles policières. Poe est souvent considéré comme l'inventeur du genre policier, avec les trois aventures d'Auguste Dupin, détective qui a inspiré Arthur Conan Doyle pour le personnage de Sherlock Holmes, et en France, Gaston Leroux avec son célèbre détective Rouletabille.

Folio junior, 2010, 96 p.
Folio junior, 2010, 96 p.

A Paris, dans la rue Morgue.

Des cris effrayants attirent le voisinage jusqu'à la maison de Mme de L'Espanaye et de sa fille. Une fois la porte enfoncée, les voisins découvrent un véritable carnage. Les lieux sont saccagés et on trouve les cadavres des deux femmes atrocement mutilés : l'une a été décapitée, et l'autre étranglée puis introduite de force dans la cheminée. Qui plus est, portes et fenêtres sont toutes fermées de l'intérieur...

 

Malgré l'interrogatoire de nombreux témoins, la police est dépassée. Mais pour Auguste Dupin, brillant gentleman aux capacités d'analyse hors pair, cette enquête se résout comme un jeu !..



  • La lettre volée (1844)

Le préfet de police vient consulter Dupin concernant une affaire qui l'embarrasse : un certain D.... a volé une lettre compromettante à un membre de la famille royale, sur qui il exerce depuis un odieux chantage. Mais le préfet et ses hommes ont beau avoir réalisé une fouille minutieuse de la demeure du voleur, impossible de retrouver la fameuse lettre...

Mon avis :

Les enquêtes de Dupin sont une ode à la déduction. Double assassinat... débute par une introduction (un peu longue) sur l'efficacité des capacités d'analyse, et l'enquête qui suit n'est en réalité qu'une démonstration de la théorie avancée. Il en résulte un récit relativement froid qui contraste avec l'atrocité du crime commis. Le déroulé de l'enquête se fait de manière extérieure, ce qui lui donne un côté impersonnel : les témoignages, par exemple, sont listés comme des comptes-rendus. Dupin se rend bien sur les lieux, mais rien n'est raconté sur le moment, ce n'est qu'après coup qu'il livre ses conclusions. Le lecteur est plongé dans un pur travail de l'esprit, une énigme froide et logique comme un problème mathématique. Le résultat n'en reste pas moins étonnant, même si personnellement je me souvenais de sa résolution pour avoir déjà lu cette nouvelle et que de connaître la fin a un peu gâché mon plaisir de lecture.

 

Même principe dans La Lettre volée qui, avec Le mystère de Marie Roget, forme une trilogie autour du détective amateur. Cette fois c'est le préfet de police qui quémande l'aide de Dupin, ce qui renforce le sentiment de mépris à l'égard des enquêteurs officiels, une fois de plus ridiculisés : "Ils ne varient pas leur système d'investigation", déplore Dupin, et "ne changent rien à leurs principes"... De même, les généralités sur le raisonnement étayées dans la nouvelle insistent sur l'étroitesse d'esprit des mathématiciens : "Comme poète et mathématicien, il a dû raisonner juste ; comme simple mathématicien, il n'aurait pas raisonné du tout" - et toc !

 

On trouve donc chez Dupin et son acolyte tout ce qui fera le succès de Sherlock Holmes et son Dr Watson - y compris les discussions en fauteuil autour d'un bon cigare ! - ainsi que le thème du meurtre en huis clos au cœur du Mystère de la chambre jaune. On y décèle aussi le principe de l'enquête en "puzzle" chère à Agatha Christie : les indices sont comme des pièces que l'on s'évertue à emboîter pour reconstituer le crime. Bref, Edgar Allan Poe est assurément le précurseur d'une longue tradition de détectives hors pair !

Mars 2015

♦ L'adaptation BD de Céka et Clod (Akileos, 2007)

 

L'originalité de cet album, c'est le duo comique que forment Dupin et son acolyte. Tout oppose les deux hommes : au sérieux et à l'allure sobre de l'un s'oppose la frivolité un brin excentrique de l'autre, habillé de couleurs vives et utilisant un langage quelque peu maniéré (il glisse des mots anglais dans ses phrases et appelle Dupin "brain"!). Tandis que le détective épluche chaque élément avec une rigueur et une analyse méticuleuses, son compagnon se concentre sur le choix de son prochain costume... Pas étonnant dès lors qu'il soit impressionné par la démonstration finale !

Le dessin, tout en contraste et un brin naïf, se marie bien avec l'ambiance de l'époque historique. Un dossier en fin d'album permet d'en apprendre davantage sur Edgar Allan Poe ainsi que sur le travail des deux auteurs. Un bon moyen d'appréhender l'oeuvre pour les adolescents qui jugent le texte original difficile !

Octobre 2016

♦ Edgar Allan Poe, c'est aussi :

Le Livre de poche, 2007, 352 p.
Le Livre de poche, 2007, 352 p.

Les aventures d’Arthur Gordon Pym (1838)


Sur l’île de Nantucket, réputée pour son port de pêche, le jeune Arthur Gordon Pym et son ami Auguste décident par une nuit fortement alcoolisée de prendre la mer en canot. La frêle embarcation  se retrouve coulée par un baleinier et les deux compères en réchappent de justesse.


Nullement découragé par cette mésaventure, Arthur accepte de suivre clandestinement son ami à bord du Grampus, baleinier dont le père d’Auguste est le capitaine. Installé dans une cale aménagée par son camarade, Arthur doit attendre quelques jours que le navire ait atteint la haute mer pour pouvoir sortir de sa cachette.


Malheureusement les jours passent sans qu’Auguste ne vienne le délivrer et les provisions s’amenuisent dangereusement. Le périple des deux amis va tourner au cauchemar

L'avis de Fabien (bibliothécaire) :

Un bien étrange roman que ces Aventures d’Arthur Gordon Pym, le seul d’Edgar Allan Poe. Roman d’aventures  à première vue mais certains passages proches du fantastique rappellent les nouvelles les plus célèbres de leur auteur. D’autres en revanche, très documentés sur la navigation, annoncent le Moby Dick d’Herman Melville (paru en 1861). D’où un roman inégal mais passionnant. Si la dérive à bord du Grampus traîne un peu en longueur (malgré une scène de cannibalisme mémorable !), l’arrivée sur l’inquiétante île de Tsahal et le final énigmatique et « ouvert » sont intenses et dignes du génie de Poe. Jules Verne donnera une suite (controversée) aux aventures d’Arthur Gordon Pym en 1897 avec son roman Le sphinx des glaces.

Avril 2015

Flammarion, 2006, 143 p.
Flammarion, 2006, 143 p.


4 histoires fantastiques illustrées

par Gris Grimly


Très sympathique album qui reprend (en version abrégée) quatre nouvelles classiques d’Edgar Allan Poe : Le chat noir, Le masque de la Mort Rouge, Hop-Frog et La chute de la maison Usher.

Les dessins sont réussis et surtout très drôles, contrebalançant la noirceur des écrits de Poe.

Pari gonflé mais gagné !

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