Brune et Jules

roman de Nathalie LE GENDRE

Oskar, 2010, 261 p.
Oskar, 2010, 261 p.

 

Brune n'a pas une vie facile. Sa mère passe son temps à boire et ne s'occupe pas de ses enfants. Brune la remplace alors et joue le rôle de mère auprès de son petit frère Nono et de sa petite sœur Gaya.

 

Et le pire reste à venir lorsque la fin de la semaine arrive et que son beau-père rentre. Coups, alcool, colères... Un cercle vicieux se met en place et Brune n'en peut plus.

 

Heureusement, Jules, un vieil homme sans-abri rencontré près du port, va lui redonner espoir.

 

Mon avis :

Quand l'amitié d'un vieil SDF aide une adolescente à surmonter une situation familiale tragique.

Supporter l'ivresse de sa mère, prendre en charge sa petite sœur de 4 ans et le bébé de 1 an ("des responsabilités qui ne sont ni les miennes ni de mon âge"), voler pour se nourrir car le peu d'argent de la famille part en alcool, supporter les beuveries du weekend, voir sa mère se faire frapper par son mari, endurer des gifles cinglantes, des humiliations et parfois même, des attouchements : pour Brune, "la vie est un enfer. Un enfer hebdomadaire." Les horreurs et la négligence qu'elle subit au quotidien ("Je suis en demande d'un amour maternel quasi inexistant.") l'isolent par ailleurs de ses copines car non seulement elle n'a jamais le droit de sortir avec elles, mais elle n'ose évidemment pas évoquer ce qu'elle vit. Son sentiment d'oppression est tangible et sa déprime touchante, bien que parfois un peu trop mélodramatique : "Je suis malheureuse. Si malheureuse. Je rêve qu'on prenne soin de moi."

 

C'est en compagnie d'un vieux monsieur rencontré "sur la plage abandonnée" que Brune va pouvoir "souffler un peu, loin de l'enfer. Oublier ce qui me ronge." Avec Jules, la jeune fille "oublie ses problèmes pour quelques heures", profitant d'un "moment de répit" et d'un bon bol d'air marin "avant le chaos". Quand elle réalise que celui-ci squatte une ancienne gare abandonnée avec ses compagnons, elle se trouve propulsée dans "un autre monde" : "Tu n'imagines même pas le nombre de miséreux sans logement". Aux côtés des sans-abri, Brune découvre la solidarité : "On ne juge pas ici. Ne te cache pas. La souffrance, on connaît tous". A la manière d'un grand-père rassurant et affectueux, Jules "me pousse en avant comme j'aurai aimé que mes parents le fassent". Il l'encourage notamment dans la pratique du théâtre, passion que l'adolescente s'est récemment découverte grâce à son professeur de français qui veut faire jouer Les trois mousquetaires à la classe.

 

Désormais Brune "ne voit plus les choses comme avant". Elle réalise qu'"Il y a toujours pire que soi dans le monde", que elle, au moins, bénéficie de "tout ce petit confort qui nous semble banal, tellement habitué que nous sommes à avoir tout à disposition". Certes sa situation est pénible mais il existe des solutions : "En moi a grandi une volonté farouche de m'en sortir" et même s'il faut s'armer de patience et de courage, un jour, bientôt, tout ira mieux.

Mars 2019


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