Vampyria

de Victor DIXEN

1. La cour des ténèbres

Il n'existe pas de coups "fourrés". Il n'y a que des coups réussis ou ratés. Quant à la grâce dont les femmes devraient prétendument faire preuve, c'est une invention des hommes pour mieux nous soumettre.

Robert Laffont, 2020, 496 p.
Robert Laffont, 2020, 496 p.

En l'an de grâce 1715, le Roy-Soleil s'est transmuté en vampyre pour devenir le Roy des Ténèbres. Depuis, il règne en despote absolu sur la Vampyria : une vaste coalition à jamais figée dans un âge sombre, rassemblant la France et ses royaumes vassaux. Un joug de fer est imposé au peuple, maintenu dans la terreur et littéralement saigné pour nourrir l'aristocratie vampyrique.

 

Trois siècles plus tard, Jeanne est arrachée à sa famille de roturiers et catapultée à l'école formant les jeunes nobles avant leur entrée à la Cour. Entre les intrigues des morts-vivants du palais, les trahisons des autres élèves et les abominations grouillant sous les ors de Versailles, combien de temps Jeanne survivra-t-elle ?

(4e de couverture)

Mon avis :

Ce roman à la croisée de Twilight et Les colombes du Roi-Soleil associe deux thématiques que j'adore: les vampires et Versailles, avec une touche de compétition et beaucoup de noirceur. Suite au massacre de sa famille sous ses yeux, l'héroïne, Jeanne Froidelac, usurpe l'identité d'une baronnette afin de venger les meurtres de ses parents et de ses frères. Mais une fois intégrée l'école pour jeunes nobles permettant d'accéder à la cour des Ténèbres, Jeanne devenue Diane de Gastefriche change d'objectif: pourquoi se contenter d'assassiner le vampyre Alexandre de Mortange lorsqu'on a une chance de renverser une société arbitraire en s'en prenant directement au Roy?

 

L'univers imaginé par l'auteur mêle habilement Histoire et modernité. Le Roi-Soleil est devenu l'incarnation du mal et ses courtisans de glaçants suceurs de sang, mais l'esprit de Versailles est toujours là, dans tout son clinquant et son paraître sans pitié. A la Grande Ecurie, les cours se partagent entre art de la conversation ("On peut lancer les piques les plus assassines, du moment qu'on les dit avec le sourire!"), art courtois (la fameuse "étiquette"), art équestre et maniement des armes. Diane a un fort caractère mais la concurrence est rude pour rejoindre le cercle très fermé de "la Gorgée du Roy" et elle va elle-même être amenée à agir en dehors de toute morale.

 

L'intrigue prend une autre dimension quand on comprend que le royaume de la Magna Vampyria est menacé d'une guerre intestine du fait de la soif des Immortels qui augmente (chaque mois, le "quart état" doit s'acquitter de la dîme sous forme de... prélèvement sanguin) et de la révolte fomentée par la Fronde. Si Diane a beaucoup d'adversaires, elle se découvre également des alliés inattendus. Qui est donc "le reclus de la Grande Ecurie", ce vagabond qui lui est venu en aide plus d'une fois?

 

Bien que le contexte soit original et que l'auteur s'amuse à nous emmener là où on ne l'attend pas à travers de multiples rebondissements, cette intrigue m'a donné une impression de déjà vu. Pour moi, on se rapproche davantage du style de Phobos (du même auteur), efficace mais sans surprise, que des fascinants Animale et Cogito à la réflexion plus fine et plus riche.

Patricia Deschamps, mars 2021


 

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