Une fille de...

Jo WITEK

Actes sud junior, 2017, 93 p. (D'une seule voix)
Actes sud junior, 2017, 93 p. (D'une seule voix)

Est-ce qu'on fuit quand on court ? Ou est-ce qu'on fonce courageusement vers son avenir ?

 

Hanna aime courir. Le long de la ligne verte, elle avale les kilomètres de chemin quatre fois par semaine. Dans ces moments de solitude, elle se sent libre, forte, protégée du regard des autres. Car Hanna est la fille d'Olga, prostituée ukrainienne.

Ailleurs, en ville comme en cours, c'est plus difficile. Par amour pour sa mère, elle décide un jour de ne plus avoir honte. De relever la tête et de raconter son histoire, au rythme de ses foulées.

Mon avis : 

Le cri d'amour d'une fille pour sa mère, le cri de rage d'une adolescente pour "gagner sa dignité" de femme.

Hanna réalise très tôt qu'elle n'est "pas une enfant comme les autres. Que ma mère n'est pas une femme comme les autres et que les autres me feront payer cher cette différence." Tandis qu'elle court, elle raconte sa vie "au milieu des secrets, des non-dits", ce père dont elle ne sait rien, sa mère dont il faut cacher la profession ("serveuse, c'est le nom officiel du job de maman. C'est le déguisement social qu'elle me propose.") et quand "ça" finit par se savoir, le regard des gens qu'il faut supporter, la pitié ("pauvre petite"), la honte et en grandissant, les humiliations sexuelles des "débiles" : "J'en crève"...

 

Et pourtant, Hanna ne reproche rien à sa mère : "Ma mère se prostitue, c'est vrai, mais je l'aime, et je suis fière d'elle, parce qu'après ce qu'elle a vécu et ce qu'elle vit encore, elle a réussi à m'offrir de l'amour, beaucoup d'amour". Hanna revient alors sur le passé de la jeune Ukrainienne enrôlée malgré elle dans un réseau de proxénètes, et l'on ne peut que se rallier à sa colère envers ces hommes qui salissent tout par leur business, le corps, et l'âme - "de l'esclavage physique et moral en plein XXIe siècle". Et puis il y a les clients, qui entretiennent tout autant le système, et tous ceux qui ferment les yeux, qui jugent et condamnent au lieu d'aider... "C'est vous qui êtes infâmes ! Pas elles !".

 

Alors Hanna court, elle court pour se sentir libérée du regard des autres, "pour exister" tout simplement et, peut-être, donner sa chance à l'amour. Car son image des hommes, entre peur et dégoût, son appréhension des relations sexuelles, centrées sur le désir, empreintes de violence, ne laissent guère de place pour "le bonheur à deux que partagent les amoureux"... "Et si, à cause de la monstruosité humaine, à cause de l'histoire de ma mère, j'étais à jamais privée de la légèreté d'aimer ?". Mais justement, quel est ce mystérieux rendez-vous vers lequel court la jeune fille à travers cette course inhabituelle de deux heures, elle qui déteste bousculer ses habitudes ? "Il est temps de me lancer." car "J'aime l'idée que l'on puisse renaître".

Mai 2018

Sur le même thème


► Et aussi...


Retrouvez Takalirsa sur Facebook, Babelio, Instagram  Youtube, Twitter et Tik Tok

Making of d'une chronique