Qui es-tu Alaska ?

de John GREEN

- Parfois j'ai du mal à te cerner, ai-je dit.

Elle ne m'a même pas regardé. Elle a souri, les yeux rivés sur l'écran.

- Tu ne me cerneras jamais. Tout est là.

Gallimard jeunesse, 2011, 404 p. (pôle fiction)
Gallimard jeunesse, 2011, 404 p. (pôle fiction)

L'été de ses seize ans, Miles quitte la Floride pour l'Alabama, s'installant en tant que pensionnaire dans le lycée de Culver Creek. Il se lie d'amitié avec son camarade de chambre, Chip alias le Colonel, qui entre en 1ère comme lui.

 

Un soir, le Colonel lui présente Alaska, une lycéenne au franc parler qui le fournit en cigarettes. Miles est aussitôt sous le charme : Alaska est "la fille la plus sexy de toute l'histoire de l'humanité"... mais elle a déjà un petit ami.

 

Alaska ne tarde pas à apprendre la grande passion de Miles pour les déclarations de mourants. Présidents, écrivains, généraux : l'adolescent connaît par cœur les derniers mots de centaines de personnes célèbres. Alaska lit justement une biographie de Simon Bolivar, qui aurait lancé "Comment vais-je sortir de ce labyrinthe ?" sur son lit de mort. Elle met Miles au défi d'élucider ces paroles mystérieuses...

Mon avis :

Autant qu'une histoire sentimentale, ce roman raconte le quotidien d'un lycéen en pension. Pas vraiment d'intrigue, mais plutôt une succession de menus événements entre cours, copains, bizutage et expériences adolescentes diverses, dans de cours chapitres intitulés "(...) jours avant" - mais avant quoi ?

Miles est un garçon réservé, "un couillon maigrichon et inoffensif" selon le Colonel qui, en signe d'intégration à son petit groupe, l'affuble du surnom ironique "le Gros". D'emblée, le Colonel prend Miles sous son aile et, secondé par sa copine de canulars Alaska, entraîne le nouveau à braver les interdits (fumer et boire de l'alcool dans l'enceinte du pensionnat, monter des blagues), sous la menace permanente de l'Aigle (le directeur) qui apporte "un frisson à chaque moment de plaisir illicite". Les deux "anciens" l'encouragent aussi à profiter de sa jeunesse, tout simplement : aller aux matches de l'équipe locale (et minable) de basket, sortir avec Lara la Roumaine... Expériences qui se soldent souvent par un fiasco mais qui rendent Miles heureux de les avoir faites : Culver Creek est pour lui le lieu de toutes les premières fois et il ne s'est "jamais senti aussi bien".

Avec Alaska, c'est la première fois qu'il tombe amoureux, même s'il est conscient que "j'étais gauche, elle était sublime et j'étais désespérément ennuyeux et elle était infiniment captivante". La jeune fille le fascine et le déstabilise constamment, notamment par ses sautes d'humeur : "Un jour glaciale, l'autre délicieuse, le troisième dragueuse envoûtante, et le quatrième odieuse désenvoûtante". Il va comprendre peu à peu qu'il y a chez Alaska beaucoup de souffrance... "Le labyrinthe n'est pas la vie ni la mort.(...) Bolivar parlait de la douleur (...). Comment sort-on du labyrinthe de la souffrance ?" Propos mystérieux qui prendront tout leur sens avec l'événement, et son après.

Après ça plus rien ne sera comme avant, Miles sera devenu différent - mais n'était-ce pas là l'objectif de son départ pour Culver Creek ? Partir, vivre, ressentir, réfléchir... Premiers pas, seul (sans ses parents), premiers choix, cornéliens, premières épreuves, douloureuses... En route vers la maturité, l'indépendance et qui sait : la sagesse ? Pour devenir adulte, en somme.

Février 2016

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