Primo Levi : "Non à l'oubli"

roman de Daniele ARISTARCO et Stéphanie VAILATI

Actes Sud junior, 2019, 84 p. (Ceux qui ont dit non)
Actes Sud junior, 2019, 84 p. (Ceux qui ont dit non)

Dans les années 1980, au moment où certains nient l’extermination des Juifs dans les chambres à gaz, Primo Levi rencontre Vittorio, 11 ans. Le jeune garçon en veut terriblement à son grand-père de refuser de raconter son passé. Primo Levi décide de l’aider à exhumer le secret ainsi enfoui. Quarante ans après avoir témoigné de son expérience concentrationnaire, il comprend qu’il n’en a pas encore fini avec le récit de la Shoah. Lui qui fut déporté à Auschwitz à 24 ans et écrivit le témoignage le plus implacable sur l’horreur concentrationnaire, sait que la mémoire doit plus que jamais être entretenue. Il s’y engage corps et âme.

(texte : service de presse)

Mon avis :

Avant de découvrir son témoignage Si c'est un homme, je souhaitais m'immerger dans l'univers de Primo Levi avec cette courte biographie qui nous le présente à un âge avancé, quarante ans après Auschwitz. Quarante ans, mais pour Levi, rien n'est terminé. Nous sommes dans les années 80 en plein procès de Klaus Barbie, le chef de la Gestapo dans la région lyonnaise: "Ils sont encore parmi nous...", sous-entendu, les criminels nazis. Le petit Vittorio s'interroge d'ailleurs à ce propos sur son grand-père: pourquoi ne veut-il pas évoquer cette époque? De quel côté était-il? Dans cette "zone grise" ambiguë entre victimes et bourreaux comme la plupart des gens, "ceux qui, par profit ou intérêt personnel, ont détourné le regard, ont renoncé à l'idée de justice, à l'idée du bien"?

 

Levi comprend vite que le vieil homme a été déporté, comme lui ("Tous ceux qui avaient été enfermés dans un camp de concentration se souvenaient de la boue". L'enquête qu'il mène avec Vittorio sur le passé de son grand-père est l'occasion d'évoquer quelques souvenirs, nous donnant un bref aperçu de l'horreur qu'il a vécue. Mais le grand-père du jeune garçon, au contraire de l'écrivain, refuse de raconter les siens: la souffrance est encore si vive que "il veut que son histoire meure avec lui". Une situation que Levi comprend ("Il n'est pas le seul") mais pour lui, "c'est encore important de raconter Auschwitz" afin de retenir les leçons de l'Histoire et qu'elle ne se reproduise pas: "Après toutes ces années, les témoins sont de moins en moins nombreux, d'autres ont oublié et il y en a déjà quelques-uns qui commencent à oser nier que la Shoah a réellement eu lieu". Or il ne faut pas "confiner cette histoire douloureuse dans le passé"!

 

Mais "quand vous, les témoins, serez morts, qui racontera votre histoire?" Aujourd'hui le devoir de mémoire revient aux "futures générations", symbolisées par ce petit Vittorio déterminé à continuer de poser des questions et de s'opposer à l'oubli: "Il allait se souvenir et, à son tour, raconter". D'où l'importance de glisser ce genre de livre entre les mains des jeunes.

Patricia Deschamps, mai 2020


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