Si c'est un homme

autobiographie de Primo LEVI

En un instant, la réalité nous apparaît : nous avons touché le fond. Il est impossible d'aller plus bas : il n'existe pas, il n'est pas possible de concevoir condition humaine plus misérable que la nôtre.

Ce livre est le témoignage autobiographique de Primo Levi sur sa survie dans le camp d’extermination nazi d’Auschwitz, où il est détenu de février 1944 à la libération du camp, le 27 janvier 1945.

 

Chimiste juif italien, il est arrêté en tant que membre de la résistance italienne au fascisme et déporté à Auschwitz en raison de la politique raciale nazie. Transféré au camp auxiliaire de Monowitz-Buna, il est affecté au kommando de chimie chargé de produire du caoutchouc synthétique pour soutenir l’effort de guerre allemand.

 

À la libération du camp, Primo Levi est chargé par les autorités soviétiques d’en dresser un rapport technique sur le fonctionnement. Ce rapport lui servira de base pour la rédaction de son manuscrit, écrit entre décembre 1945 et janvier 1947.

Source : Wikipedia

Mon avis :

J'ai déjà beaucoup lu sur la Seconde Guerre mondiale et les camps de concentration mais avec ce livre-ci l'état d'esprit du lecteur est différent: on SAIT que le narrateur a véritablement vécu chaque minute ("qui nous parcourt douloureusement et demande à être laborieusement expulsée") de ce qu'il raconte, et il nous livre un ressenti d'autant plus vif que le récit a été rédigé juste après cet enfer.

 

Le témoignage de Levi, qui commence par le voyage jusqu'à Auschwitz (à 50 par wagon...) et la brutale séparation d'avec les proches ("Ainsi disparurent en un instant, par traîtrise, nos femmes, nos parents, nos enfants. Presque personne n'eut le temps de leur dire adieu.") regorge de descriptions minutieuses et de portraits de "la hiérarchie dénaturée instaurée par les Allemands (SS féroces et stupides, kapos, prominents, Häftlinge)". Toute la vie quotidienne du camp est passée en revue, les interdictions innombrables, les incessantes humiliations ("sans cheveux, sans honneur et sans nom"), les trafics et autre débrouille, les sélections ("Le SS, pendant la fraction de seconde qui s'écoule, décide du sort de chacun en nous jetant un coup d’œil") et surtout la lutte, difficile mais indispensable, pour garder un semblant de dignité. Beaucoup de passages sont insupportables à lire... alors à vivre!

 

Mais Primo Levi ne se contente pas de décrire, il analyse aussi cette "gigantesque expérience biologique et sociale" qu'a été le Lager. Dans ce contexte ignoble, "bien des habitudes et des instincts sociaux disparaissent" (la révolte, la solidarité, le respect de soi et des autres) et l'on peut déterminer facilement "ce qu'il y a d'inné et d'acquis dans le comportement de l'homme confronté à la lutte pour la vie". Si les caractères individuels transparaissent à travers l'attitude des uns et des autres, ils sont vite effacés dans la masse docile de ces êtres déshumanisés. "Qu'est-ce qui pouvait bien subsister de notre monde moral en deçà des barbelés?". Seul Lorenzo le civil saura rappeler à l'écrivain "qu'il existait encore, en dehors du nôtre, un monde juste, des choses et des êtres encore purs et intègres que ni la corruption ni la barbarie n'avaient contaminés".

 

C'est tandis qu'il a été transféré, avec soulagement, au laboratoire de chimie que Primo Levi commence à entendre parler du Débarquement et des bombardements qui secouent le pays. Mais tout cela semble si loin quand on n'est pas sûr d'être encore vivant "Morgen früh" ("demain matin"): "L'hiver était si proche, si concrètes la faim et la détresse et si irréel tout le reste, qu'il nous semblait impossible qu'il y eût réellement un monde et un temps autres"... Et pourtant "on sentait craquer de toutes parts ce monde maudit" et voilà les Allemands qui quittent le camp, abandonnant les prisonniers trop faibles pour fuir. Alité au K.B. (l'infirmerie), Levi raconte alors l'abominable survie au milieu des malades et des morts, en attendant les Russes. Il faut encore et toujours trouver la force, avec quelques camarades, de se chauffer et de se nourrir malgré la souffrance et l'état de faiblesse générale. Et ce cauchemar récurrent où l'on rêve qu'on raconte ce que l'on a vécu et que personne n'écoute... Certainement à l'origine de la volonté de l'auteur, tout au long des années suivantes, de faire circuler le témoignage de l'ignoble idéologie nazie et du courage admirable de ceux qui l'ont subie.

Patricia Deschamps, juin 2020


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