Ma fugue chez moi

roman de Coline PIERRE

Peu importe où on se trouve, ce qui rend la vie palpitante, c'est ce qui se passe dans notre tête.

Rouergue, 2016, 115 p. (doAdo)
Rouergue, 2016, 115 p. (doAdo)

 

Entre une mère inexistante et un père avec qui il est difficile de communiquer, les journées interminables au collège et maintenant Marina, sa meilleure amie, qui l'abandonne pour rejoindre une bande de filles superficielles et moqueuses, Anouk a vraiment envie de fuir cette vie qui lui ressemble si peu !

 

Mais on est en décembre, il fait froid, et elle n'a personne chez qui se réfugier...

 

Alors l'adolescente s'organise pour se cacher dans le grenier au-dessus de sa chambre... tandis que tout le monde est persuadé qu'elle a fugué.

Mon avis :

♪ That's how I got to Memphis ♫ de Bobby Bare
♪ That's how I got to Memphis ♫ de Bobby Bare

"Les gens malheureux devraient s'autoriser à fuguer de leur vie". Qui n'a jamais envisagé de tout quitter quand rien ne semble aller ?

C'est une Anouk désespérée, désabusée, que l'on découvre au début du roman : "J'en ai assez de cette vie. J'en veux une autre." On est le 14 décembre mais "Noël a toujours été davantage dans les rues de la ville qu'à la maison". Il faut dire que sa mère, climatologue en mission sur une île au large de la Norvège, "nous aime de loin". "Sa passion, c'est son métier" et elle rentre peu souvent, appelle quelquefois : "Sa vie est un mystère pour nous", "je ne sais pas qui elle est, je ne suis même pas sûre de l'aimer"... "Nous", c'est son père, avec qui Anouk a essayé de parler de Marina, mais qui s'est contenté d'un "Il faut faire avec le monde tel qu'il est. Tu dois t'adapter et passer à autre chose." Et puis il y a Béna, sa petite sœur de douze ans, qui semble tellement plus mature et sûre d'elle !

 

Cette "fugue chez elle" a d'abord des allures de jeu pour Anouk. Calfeutrée dans son grenier avec son banjo et de la lecture, elle est bien plus tranquille qu'au collège ! Mais peu à peu l'ennui s'installe, il faut ruser pour tout, et puis la culpabilité fait son apparition... Entendant les conversations, l'adolescente est touchée par l'inquiétude de son père et la tristesse de sa sœur : "Assister à ma propre disparition est dérangeant et désagréable. Personne ne fugue pour voir ses proches réagir. On fugue justement pour ne plus se préoccuper de rien". Elle réalise peu à peu que tout le monde se mobilise pour la retrouver : "Tous ces gens qui se soucient de moi... Pour la première fois depuis longtemps, je me sens exister." Elle réalise même que son père l'aime bien plus qu'elle ne l'imaginait.

 

Pour autant, pas question de "retrouver le monde tel que je l'ai laissé. Je n'en veux pas.", pas question de "se laisser enfermer dans une vie qui ne nous ressemble pas". Alors Anouk réfléchit parce que "Ce n'est pas en restant enfermée ici que tu vas résoudre les choses". Elle réfléchit pour "mieux me retrouver, mieux savoir qui je suis et ce que je veux". Exprimer ce que l'on ressent, à soi et aux autres, pour mieux repartir, changer les choses, trouver des solutions pour un nouveau départ. Il est juste dommage que la situation se débloque un peu trop facilement pour être tout à fait crédible.

Une tranche de vie sympathique, une héroïne touchante et une jolie réflexion sur les attentes de la vie !

Patricia Deschamps, janvier 2016


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