Les enfants de la Résistance tome 1 : Premières actions

de Vincent DUGOMIER (scénario) et Benoît ERS (illustrations)

La paix, oui !.. Mais pas une paix à n'importe quel prix !

Le Lombard, 2015, 48 p.
Le Lombard, 2015, 48 p.

Juin 1940. La France vaincue vient de signer un armistice et les Allemands envahissent peu à peu le pays.

 

Dans leur petit village de Pontain l'Ecluse, François et Eusèbe, 13 ans, assistent à l'exode des familles qui fuient l'occupant. Ce jour-là, ils recueillent une jeune fille de leur âge, Lisa, qui a perdu ses parents sur les routes. De langue allemande, elle prétend venir de Eupen en Belgique annexée.

 

De jour en jour, la présence des nazis se fait de plus en plus envahissante. La plupart des villageois s'y résignent mais François n'arrive pas à l'accepter. Alors quand il apprend la mort de son ami Martin l'éclusier, c'en est trop : il est temps d'agir pour nuire à l'ennemi !

Mon avis :

Comme La guerre des Lulus, cette excellente bande dessinée aborde la (seconde) guerre du point de vue des enfants, montrant qu'eux aussi ont pu faire preuve d'un courage insoupçonné et d'une détermination admirable !

Épargné par les combats, le village de Pontain l'Ecluse a un petit air d'antan que rend admirablement le crayon et les couleurs du dessinateur. Ce n'est qu'un décor, mais il donne un aperçu précis du quotidien des Français dans les années 40. Et cette routine que la présence allemande ne trouble pas, c'est bien ce qui agace le jeune François : "Une chose m'énervait. Les gens avaient repris leurs activités d'avant, comme si rien ne s'était passé. Ils semblaient honteux et toujours plus résignés."

L'arrivée de Lisa vient perturber cette apparente tranquillité. Dans un premier temps, les autres villageois la rejettent car elle parle allemand. Mais quand bien même elle le serait, cela ne signifie pas pour autant qu'elle est nazie, fait justement remarquer François ! Évitons les amalgames... Les pages 34 et 44 expliquent d'ailleurs de manière très simple et claire les grandes lignes de l'idéologie hitlérienne et l'embrigadement de la jeunesse allemande. Autant "d'idées nauséabondes" qui s'installent dans le peuple français comme le constate amèrement le héros en rendant visite à son parrain parisien : "Des regrets, des frustrations... Voilà sans doute ce qui avait poussé les gens à élire Hitler !.. Le nazisme était un parti pour gens déçus"...

Dès lors, la résistance s'impose à François, qui embarque Eusèbe et Lisa dans son sillage : "J'ai besoin d'agir ! Sinon je vais devenir fou." Les menus sabotages commencent, tout comme la diffusion de tracts. Il n'y a pas d'âge pour "reprendre la lutte" ! Peut-être même les jeunes vont-ils réveiller l'esprit patriotique des adultes... A suivre !

Un album indispensable, qui brasse les principaux enjeux de la Seconde Guerre mondiale... tout en faisant écho à la situation politique actuelle. En fin d'ouvrage, un dossier à la fois complet et accessible vient compléter le récit.

Décembre 2015

voir la sélection spéciale Seconde Guerre mondiale
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Les enfants de la Résistance tome 2 : Premières répressions

A mes yeux, la chose la plus absurde de cette guerre était qu'à la place de s'unir, les Français s'étaient divisés.

Le Lombard, 2016, 48 p.
Le Lombard, 2016, 48 p.

Grâce à l'impact de leurs actions, François, Eusèbe et Lisa ne sont plus les seuls à se rebeller contre l'occupant allemand ; des adultes entrent aussi à présent en résistance, notamment le maire, le curé et les parents d'Eusèbe et François. Il s'agit cette fois d'organiser un système de passage de prisonniers français évadés vers la zone libre.

 

"Des mois après l'armistice, nous n'étions encore que des petits grains de sable isolés. Mais ces milliers de petits grains de sable pouvaient enrayer la machine nazie."

 

Cependant les Allemands renforcent leur surveillance et n'hésitent pas à recourir à la violence voire au meurtre...

Mon avis :

Dans ce deuxième épisode, l'arrivée d'un nouveau personnage relance les actions contre l'envahisseur : il s'agit d'un soldat évadé d'un camp de prisonniers allemand pris en charge par la mère d'Eusèbe. Celle-ci, à la différence de son mari beaucoup plus réfractaire (et on peut le comprendre) à cause des risques encourus, partage sans le savoir l'opinion des trois enfants : "Impossible d'accepter que les nazis imposent leurs lois racistes et leur régime de terreur". L'appel de de Gaulle, dont l'aura s'oppose au sein du village à la figure de Pétain (affichée obligatoirement dans les lieux publics), encourage cette résistance voire la prise de contact avec Londres. Cependant un paradoxe se révèle rapidement : comment s'organiser quand il faut agir en secret ? Car en réalité plusieurs groupes œuvrent sans le savoir ! Et ce qui avait au départ pour François des allures de jeu ("organiser une communication sans contact direct demandait beaucoup d'imagination et d'audace") va se transformer en "vérité crue de la guerre", notamment avec certaines scènes d'exécutions arbitraires qui n'épargnent pas le jeune lecteur...

Ce que j'apprécie aussi dans cette série, c'est qu'on y voit l'impact de la guerre sur le quotidien : l'arrêt du ramassage scolaire car les véhicules sont réquisitionnés, la fabrication artisanale de jouets (comme le ballon de foot) faute de ravitaillement, et surtout l'influence des opinions parentales dans les propos de cours de récré ("Mon père dit que de Gaulle est un bandit qui a déserté en Angleterre !"). L'album apporte également des informations sur le déroulé du conflit : le rôle de l'aviation anglaise, la réaction inattendue sur le front sénégalais, la façon dont sont traités les tirailleurs... Un dossier en fin d'album apporte des précisions sur les thématiques évoquées dans l'histoire.

Mai 2017

Les enfants de la Résistance tome 3 : Les deux géants

On n'a pas fini de battre des records avec cette guerre monstrueuse !

Le Lombard, 2017, 48 p.
Le Lombard, 2017, 48 p.

 

Été 1941.

Le papa de François a été fusillé par les nazis. Après cette épreuve, François, Lisa et Eusèbe sont plus que jamais déterminés à reprendre leurs activités résistantes.

 

Toujours cachés sous le nom de « Lynx », ils mènent à bien de nouvelles missions, parfois très dangereuses, en collaboration avec « Pégase », un agent de Londres, qui ne voit en eux que des petits messagers.

Mon avis :

J'ai trouvé le démarrage de ce troisième tome un peu lent. Ce n'est que lorsque le Lynx reprend ses activités, au bout d'une dizaine de planches, que l'action s'enclenche vraiment. En prenant contact avec le mystérieux résistant Pégase, les missions des enfants prennent une nouvelle tournure : c'est le début de la lutte armée, ce qui n'est pas sans risque ! Toujours persuadé que François et ses amis ne sont que des intermédiaires, l'homme ne mesure pas le danger qu'il fait courir au petit groupe, ce qui crée une tension supplémentaire.

 

Côté famille, la situation évolue également : le parrain parisien de François, alléché par l'ouverture prochaine du testament de son frère, vient s'installer dans la ferme qu'il convoite. Pétainiste invétéré, il tient, avec son ami Boniface, des propos antisémites particulièrement odieux ("avoir laissé un Juif devenir notaire ?!"). Sa présence est vécue comme une intrusion, cependant son filleul saura en tirer profit!

 

Par ailleurs, 1941 marquant l'entrée en guerre des Etats-Unis et de l'URSS, le jeune héros se pose des questions sur les mots qu'il entend, "capitalisme" et "communisme", et ces notions politiques sont expliquées au passage, de manière très claire. L'auteur évoque aussi un sujet peu traité : la récolte du cuivre, officiellement pour protéger les cultures des maladies, en réalité pour approvisionner les usines d'armement allemandes. Comme d'habitude, un dossier documentaire en fin d'ouvrage apporte des compléments d'informations et des illustrations d'époque.

 

Côté graphisme, le dessin est toujours aussi soigné et agréable à parcourir. J'ai beaucoup aimé les vignettes de la scène d'ouverture au cimetière, ainsi que l'épisode de l'attaque aérienne. Cette série de qualité est un excellent moyen de faire découvrir la Seconde Guerre mondiale aux plus jeunes !

Octobre 2017

Les enfants de la Résistance tome 4 : L'escalade

- C'est mon papa qui m'a initié à la nature. A la respecter. Et aussi à respecter les gens.

 

1942. Pégase insiste auprès de François, Lisa et Eusèbe pour qu'ils lui livrent le nom de leur chef. Cependant lorsque les enfants annoncent que le Lynx, c'est eux, celui-ci ne les croit pas : il pense que c'est une plaisanterie. En colère, il leur intime de se méfier : il y a un "corbeau" au village.

 

Comme de fait, le notaire et sa famille se sont faits arrêter sur dénonciation ! Et Eusèbe pense connaître le coupable : son parrain qui, à l'ouverture du testament de son père, avait traité le notaire de juif... Aurait-il cherché à se venger ?

Mon avis :

Ce quatrième épisode s'ouvre sur une belle scène muette dans laquelle la beauté des paysages sous la neige contraste avec le caractère ignoble de la situation (la dénonciation et l'arrestation du notaire du village). Nous sommes en 1942 et "les persécutions vont toujours plus loin" (rafles, propagande...). Les enfants voient même passer des wagons entiers de Juifs déportés ("Ce qu'il advenait des juifs en Allemagne restait un mystère").

Du coup François et ses amis doivent redoubler de vigilance lors des missions ("Soupçonneriez-vous les enfants du village d'être des terroristes ?"). Désormais les messages qu'ils transmettent sont codés. Les soupçons qui pèsent sur le "corbeau" apportent un suspens supplémentaire. Et en même temps, ces jeunes héros sont aussi des adolescents préoccupés par leur corps qui grandit, leur voix qui mue (celle d'Eusèbe), les sentiments qui naissent (envers Lisa). Par ailleurs le graphisme est toujours aussi agréable, que ce soit au niveau des couleurs que de la mise en page. Un régal !

Mai 2018

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