Le renard de Morlange

roman d'Alain SURGET

Nathan, 2018, 223 p. (Dyscool)
Nathan, 2018, 223 p. (Dyscool)

 

Violences, humiliations : rien n'arrête le cruel comte de Morlange. Jusqu'au jour où un curieux vieillard lui prédit que, s'il ne change pas sa conduite, il sera transformé en jeune renard les nuits de pleine lune... tout en conservant son esprit humain! Renaud de Morlange est un fin chasseur. Mais le renard, lui, a bien des choses à apprendre pour affronter les dangers de la forêt...

 

(4e de couverture)

Mon avis :

J'ai trouvé ce texte pour enfants dyslexiques moins bien adapté que ceux précédemment lus. Certes le vocabulaire médiéval est inévitable (et systématiquement expliqué en bas de page), mais les tournures de phrase et le niveau de langue auraient pu, selon moi, être simplifiés. L'éditeur aurait aussi pu éviter que la mise en page coupe les phrases (qui parfois débutent sur une page et finissent sur la suivante) afin de faciliter la compréhension. Il est judicieux d'avoir indiqué les lettres muettes (en gris clair) par contre les syllabes des mots longs sont distinguées par des couleurs trop proches (bleu clair et bleu foncé) pour être suffisamment repérables (dans les autres romans, c'est le rose qui contraste avec le bleu). Ainsi, malgré les aménagements, cette version "dys" me paraît difficile à appréhender y compris pour un élève lambda.

 

L'histoire oscille entre le fantastique et la fable. Le personnage de Renaud-renard est très réussi, tantôt ignoble en humain, tantôt fragile voire touchant en animal. Le premier chapitre montre toutes les exactions qu'il fait subir à son entourage (les hommes à son service, les vassaux des villages voisins, le gibier qu'il abat sauvagement lors de la chasse, sans oublier sa propre épouse).

Et puis le voilà transformé en renard afin qu'il fasse pénitence.

 

Au départ, le comte, désorienté, doit se familiariser avec son nouveau corps. Son champs de vision est réduit, les bruits de la forêt l'agressent, il faut apprendre à se laisser guider par les odeurs. L'expérience lui fait voir les choses sous une perspective nouvelle, et apprécier d'autant le retour à son statut d'homme. Jusqu'à ce qu'il se retrouve coincé dans sa peau d'animal...

Il faut alors assumer sa vie de bête. Mais dans ce monde comme dans l'autre, Renaud-renard est rejeté: "J'étais un proscrit qui n'appartenait plus à l'univers des hommes et n'arrivait pas à s'inclure dans celui des animaux".

 

Certains passages sont un peu longs cependant j'ai apprécié le revirement de situation dans le dernier chapitre où le comte devient... animal de compagnie! C'est là qu'il va achever la lente modification de son état d'esprit. Car l'on s'en doutais, la métamorphose physique s'accompagne d'une transformation psychologique ("Il compris combien il avait été méchant") au terme de laquelle le héros prend conscience de ses erreurs et (re)devient un autre homme.

Une histoire intéressante mais plutôt à réserver à l'étude en classe.

 

Patricia Deschamps, décembre 2020


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