Le Noël d'Hercule Poirot

A Noël, on pardonne les offenses, n'est-il pas vrai ?

Le livre de poche, 2009, 222 p.
Le livre de poche, 2009, 222 p.

Est-ce une très bonne idée de réunir, à l'occasion des fêtes de fin d'année, des enfants qui ont tous de bonnes raisons de vous haïr ? Surtout quand il s'agit de leur annoncer que vous modifiez votre testament Toujours est-il que, le 24 décembre, Simeon Lee, vieillard aussi riche que cynique, est sauvagement assassiné dans sa chambre.

 

Et voici Hercule Poirot s'interrogeant sur Alfred et sa femme, tyrannisés depuis longtemps par leur père et beau-père ; sur Harry, qui ne lui pardonne pas les humiliations que sa mère a subies ; sur Pilar, la petite-fille espagnole, devant qui le vieil homme a peut-être imprudemment étalé ses diamants...
Beaucoup de monde. Et pour finir, un coupable présent dès le début, mais bien difficile à soupçonner...

Mon avis :

C'est un Noël délicieusement dramatique que nous offre là Agatha Christie !

Je suis toujours impressionnée par la modernité de son écriture (le roman date de 1938) et plus particulièrement dans cette enquête-ci par le côté théâtral de l'histoire. La première partie a des allures de scène d'exposition avec sa présentation des personnages (leur caractère, leur relation avec le vieux Simeon Lee) avant qu'ils ne convergent tous vers la propriété du millionnaire. Puis vient le meurtre et une première (trop) longue série d'interrogatoires par le charismatique surintendant Sugden où les personnalités s'accentuent de manière presque caricaturale, moyen efficace de les identifier (car les suspects sont nombreux). C'est alors qu'Hercule Poirot prend l'affaire en main de manière plus ou moins informelle, les différents membres de la maisonnée venant spontanément discuter avec lui : "Je suis le père confesseur".

 

Si l'intrigue peut sembler un peu plus plate et conventionnelle que dans certains célèbres romans de la reine du crime, cette sombre histoire de famille n'en ait pas moins captivante. Le vieux Simeon est "une crapule" qui ne cache pas son mépris pour ses fils, et s'il les a tous exceptionnellement réunis en cette période de Noël, c'est uniquement pour "semer la zizanie", ultime amusement d'un vieillard cherchant à "retrouver les sensations d'autrefois". Objectif réalisé au-delà de ses espérances ("En avez-vous payé le prix ?")... Immergé dans ce nid d'hypocrites, Poirot est persuadé que "le nœud de l'affaire se trouve dans le caractère du défunt". Comme d'habitude on s'amuse à guetter le moindre indice, on analyse le moindre fait intrigant, tentant d'extraire l'essentiel de l'accessoire : "Tout le monde ment peu ou prou. Tout le problème consiste à séparer les mensonges anodins des mensonges capitaux". L'argent est également au centre de l'intrigue (il est question de diamants volés et bien sûr, de testament) et la scène avec le notaire, explosive, est très représentative de ce qui se passe dans la plupart des familles : "Curieux comme l'argent peut faire perdre la tête" !

 

Comme toujours le détective belge dame le pion à tout le monde dans cette enquête psychologique qui ne manque pas de surprises ! Loin d'être ridiculisé comme dans Le meurtre de Roger Ackroyd (un des premiers romans ceci dit, sa réputation n'était pas encore établie outre-manche), Hercule Poirot "tenait son public sous le charme de sa personnalité" dans son traditionnel rassemblement final pour annoncer le coupable. Une fois de plus, il est "stupéfiant de voir comment tout se tient une fois qu'il l'a expliqué", comment chaque élément, même incongru, trouve sa place dans ce "puzzle".

Au bout du compte "ça ne correspondait pas du tout à l'idée qu'on peut se faire de Noël" mais la famille Lee, avec ses jalousies et ses chamailleries, nous aura fait passer un moment plutôt drôle à défaut d'être conventionnel !

 

Patricia Deschamps, décembre 2017

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