Le jour où...

de Paul BEORN

Ces chers parents... Ah, vous vous en foutez pas mal, de nous laisser tout seuls après nous avoir appris un millier de choses qui ne servent à rien... Vous nous avez élevés dans un cocon de soie pendant toute notre enfance et, après ça, vas-y que je vous balance dans un monde dégueulasse où c'est chacun pour sa poire et que le plus fort gagne.

Castelmore, 2014, 432 p.
Castelmore, 2014, 432 p.

Voilà huit jours que tous les adultes ont sombré, les uns après les autres, dans un mystérieux coma... Enfants et adolescents se retrouvent livrés à eux-mêmes.

 

Dans une petite ville, Léo et Marie, deux lycéens de seize ans, rassemblent autour d’eux quelques amis pour vivre ensemble dans un vieil immeuble.

 

Mais d’autres adolescents, parmi les plus âgés, profitent de la situation, s’accaparent les réserves de nourriture et deviennent de plus en plus violents. Léo et sa bande doivent apprendre à se battre pour défendre leur liberté quand d’autres voudront imposer la loi du plus fort. Parviendront-ils à survivre jusqu’au réveil des adultes ?

 

Et si ces derniers ne se réveillaient jamais ?

Mon avis :

Le récit sans concession d'une bande d'adolescents en mode survie.

"Pour lecteurs avertis de plus de 15 ans" : sans être choquant, ce roman relate effectivement des faits de violence sans épargner le lecteur. "Fini le temps de papa et maman", la plupart des -18 ans (préservés du virus) se sont rassemblés en bandes pour faire face à la situation : "Depuis que les adultes ont disparu, c'est nous, les ados, qui avons pris leur rôle". Le point de vue alterne entre Léo, le leader du groupe "la Cantine", et Marie, son amie d'enfance et bras droit. Choisi comme chef à l'unanimité, Léo défend, malgré les circonstances, des valeurs de justice et d'altruisme : "quand on est avec toi, on devient meilleurs, chacun d'entre nous", lui confie Marie, amoureuse depuis toujours. L'adolescent, qui a "la beauté du courage", a bien compris, et fait comprendre, que la liberté nécessitait certaines obligations envers la communauté résultant d'un choix : "on n'a rien trouvé qui ressemblait de près ou de loin à votre petite Cantine, à ces idées bizarres, comme de faire venir chez vous tous ceux qui le voulaient bien, sans lien de famille, de race ou de religion. Sans uniforme, sans règle précise, juste une vaste idée d'universalité..."

 

Face à eux, les "Cracheurs" multiplient les actes de sauvagerie et de violence, mais "tant pis si on doit y laisser notre peau, on ne va pas se laisser dicter la loi par ces gars-là" ! Pour Léo, hors de question de "franchir la ligne, celle qui sépare les gens bien des salauds". Mais le combat est rude et la mort va toucher plus d'une fois ceux de la Cantine... "Quel genre d'enfants ce monde a-t-il fabriqué ?", se désespère Léo en voyant ces gars "jouer à la guerre" dans un bain de haine, "le monde des adultes a pourri les enfants". Certains se révèlent en effet dans ces conditions extrêmes : "Tu te prétends croyant mais tu ne comprendras jamais rien à la foi"... Mais au final, "le refuge du groupe, l'instinct de la meute, ça leur est revenu d'un coup, à ces enfants de l'individualisme". Et notre jeune héros lui-même sera amené à nuancer son discours au fil de ce récit terrible : "Qu'est-ce que ce monde est en train de faire de moi ?"... Car les personnages principaux ont tous une psychologie nuancée, ce qui rend l'intrigue d'autant plus prenante. D'ailleurs les relations entre eux ne sont pas simples, pétries de doute et de remise en question constante. 

 

Quoi qu'il en soit, les survivants ressortiront grandis de ce traumatisme, eux qui ont eu déjà une telle maturité pour l'affronter : "Il n'y a pas de "toujours", Léo. Tout change et tout disparaît. L'éternité, ça n'existe pas. Un matin, tu te réveilleras, tu auras grandi et tu le comprendras." Et peu importe si les adultes se réveillent ou pas, "ça ne sera jamais comme avant"...

 

Action et tension, émotion et réflexion, voilà un roman captivant à lire et que l'on quitte à regret !

Septembre 2016

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