La vie qu'on m'a choisie

roman de Ellen Marie WISEMAN


- Monstres ! Bande de sales monstres !

 

Faubourg Marigny, 2021, 527 p.
Faubourg Marigny, 2021, 527 p.

Un soir d'été de 1931, Lilly Blackwood remarque les lumières d'un cirque depuis la fenêtre de sa mansarde. La petite fille a interdiction d'explorer les alentours de Blackwood Manor... Elle n'est même jamais sortie de sa petite chambre. C'est pour sa sécurité, lui répète sa mère, car Lilly fait peur. Mais cette nuit-là, elle est emmenée en dehors de la propriété, pour la première fois. Et elle est vendue au cirque.

Deux décennies plus tard, Julia Blackwood hérite du manoir de ses parents et de leur élevage de chevaux. Elle espère que revenir sur le lieu de son enfance pourra effacer de douloureux souvenirs. Mais elle va découvrir une mansarde jamais ouverte, et les photos d'un cirque mettant en avant une étonnante jeune femme...

(4e de couverture)

Mon avis :

"... écoutant en boucle le même vieux vinyle grésillant, Little White Lies" ♪♫
"... écoutant en boucle le même vieux vinyle grésillant, Little White Lies" ♪♫

Ce n'est pas souvent que je trouve des romans sur le cirque et c'est bien dommage car c'est un monde fascinant, bien que très dur. L'histoire de Lilly est bouleversante et en même temps, elle aura connu des moments de pur bonheur, notamment auprès des animaux.

Nous sommes dans les années 1930 et tout ce qui sort de l'ordinaire, comme l'apparence de la fillette, est perçu comme dangereux "parce que les gens ont peur de ce qu'ils ne comprennent pas". Lilly commence d'ailleurs sa carrière comme "bête curieuse" au sein du musée des horreurs, ces "freaks" qu'on aimait exhiber à l'époque (la Femme Singe, la Demi-Fille Vivante, la Femme la Plus Grosse du Monde, et autres géants/nains). Mais les monstres ne sont pas forcément ceux qui en ont l'apparence...

 

Merrick, qui dirige le musée des horreurs, est un homme violent qui exploite ses "artistes". Il voit d'un mauvais œil le don de Lilly avec les animaux. Celle-ci sait en effet s'y prendre avec les bêtes sauvages de la ménagerie pour qui elle a une grande empathie ("Elle pouvait ressentir l'envie de liberté du lion aussi nettement qu'elle percevait son propre chagrin et sa propre peur"). Son amour et sa compréhension des animaux sont inconditionnels alors que "les dresseurs et les artistes prétendaient adorer les animaux, mais dès que le spectacle était terminé, ils les remettaient en cage et oubliaient leur existence jusqu'à la prochaine représentation". Or l'adolescente est bien placée pour savoir "ce que ça faisait d'être retenu prisonnier tout en aimant la personne qui nous faisait souffrir".

 

Car le véritable monstre de l'histoire est bel et bien la propre mère de Lilly qui a maintenu sa fille enfermée pendant près de dix ans dans un grenier avant de la vendre à l'ignoble Merrick... C'est par les yeux de la jeune Julia, vingt ans après les faits, que l'on découvre la réalité se cachant au sein de Blackwood Manor. Julia va découvrir des indices lui permettant de comprendre son lien de parenté avec Lilly et surtout ce qu'était le quotidien de la fillette avant son départ, ce qui complète bien le récit de celle-ci. Comme Lilly, Julia a un certain feeling avec les animaux: tandis que l'une était la complice des éléphants, l'autre se découvre une connivence avec les chevaux. Un parallèle s'établit donc entre les deux héroïnes, victimes chacune d'une enfance sans amour, et trouvant un épanouissement certain à s'occuper des bêtes ("Pour la première fois de sa vie, elle avait le sentiment qu'on l'aimait et qu'on avait besoin d'elle".

 

Lilly aurait-elle pu mener une vie normale, en dehors du cirque ("Pour ceux qui sont comme toi, la vie sur la route vaut sûrement mieux que ce qu'ils ont laissé derrière eux")? Quoi qu'il en soit, elle aura connu des moments heureux "dans cette étrange vie de cirque qu'on lui avait imposée" et se sera même épanouie, finissant par être "admirée pour ce qu'elle savait faire et non jugée sur son apparence". Malheureusement elle aura aussi connu des événements tragiques et certains passages sont très durs.

Quant à Julia, elle représente l'espoir. Laissant le passé derrière elle après les terribles révélations sur sa famille, elle décide de tout reprendre à zéro: "C'était le début d'un nouvel avenir".

Patricia Deschamps, avril 2021


relations mère-enfant
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