La servante écarlate

roman de Margaret ATWOOD

Dans une situation de pénurie, il faut croire toute espèce de choses.

Robert Laffont, 2015, 521 p.
Robert Laffont, 2015, 521 p.

 

Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles.

 

Vêtue de rouge, Defred, « servante écarlate » parmi d’autres, à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler… En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté.

 

(4e de couverture)

Mon avis :

bande annonce de la série
bande annonce de la série

Une dystopie dont l'idée de départ est saisissante, cependant je n'ai pas adhéré à l'écriture de l'auteur.

La république de Gilead est une dictature qui emprunte à beaucoup de systèmes déjà existants : les revues brûlées évoquent Fahrenheit 451, "les corps pendus au Mur" aux agissements du Ku Klux Klan, les chiffres tatoués à la cheville des Servantes au nazisme, et "l'étiquette" à respecter au sein de la maison du Commandant rappelle la cour de Versailles. Rien de très nouveau donc, si ce n'est le problème de stérilité que rencontre l'humanité à cause de la pollution ("L'atmosphère est devenu trop saturée de produits chimiques, rayons, radiations ; l'eau grouillait de molécules toxiques").

 

Par ailleurs il ne se passe pas grand chose dans cette histoire, tout au moins dans la première moitié (250 pages tout de même). Le quotidien de Defred est morne ("les longues parenthèses de rien"), constitué d'interdits, de règles et de protocoles, et l'on s'ennuie avec elle ("la quantité de temps inoccupé"). La jeune femme est nostalgique d'une époque révolue (comme on la comprend !) et son récit s'interrompt sans cesse pour revenir à ce passé "douloureux de me voir rappeler". Pour autant on ne sait pas trop comment la société en est arrivée là. Il est juste fait mention d'un coup d'Etat ("C'était après la catastrophe, quand ils ont abattu le Président, mitraillé le Congrès et que les militaires ont déclaré l'état d'urgence").

 

De manière générale le discours de Defred est confus, plein de non-dits et de reprises ("Ce n'est pas ainsi que cela s'est passé. Voici ce qui s'est passé.") Elle se rattache à ses souvenirs (son mari Luke, sa petite fille qu'on lui a enlevée) pour tenir le coup mais en même temps cela lui est source de souffrance (que sont-ils devenus?). En tant que femme fertile, son rôle se cantonne à celui "d'utérus à deux pattes", l'acte sexuel étant imposé à dates fixes et dénué de tout sentiment (n'attendez pas dans ce roman des scènes à la Cinquante nuances de Grey !). Et c'est bien cela qui lui manque le plus : aimer et se sentir aimée. Les Commandants ont mis en place (illégalement) des palliatifs mais le résultat n'est qu'une version pitoyable de ce qui existait avant.

 

Qui dit dictature dit résistance et Defred a vent d'un "réseau", dont font partie sa mère et son amie rebelle Moira. Mais dans cette communauté où l'on ne dispose même pas de la liberté d'expression, comment s'informer sans risquer sa vie ? Les exécutions publiques sont là pour rappeler les limites à ne pas franchir...

La fin nous laisse un peu en plan. Quant aux "notes historiques" qui suivent le récit, je me suis interrogée sur leur pertinence ainsi que sur leur objectif. D'un côté le témoignage de Defred est contesté dans son authenticité, de l'autre cet additif laisse supposer que Gilead n'existe plus, sans que l'on sache, une fois de plus, comment s'est déroulée son éradication.

Bref le roman ne pas pas pleinement convaincue. Reste à savoir si la série est plus prenante !

Patricia Deschamps, avril 2019


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