Journal d'Anne Frank

Antoine OZANAM (scénario) et NADJI (dessin)

Il n'est pas possible de vivre au jour le jour en compagnie de la mort, de la misère et de la confusion.

Soleil, 2016, 130 p.
Soleil, 2016, 130 p.

Amsterdam en Hollande, juin 1942. Pour ses 13 ans, Anne reçoit un beau cahier en cadeau. Elle décide d'en faire un journal intime et le surnomme Kitty.

 

Juillet. Depuis quelques jours, le père d'Anne, Otto, parle de se mettre à l'abri. Les lois antijuives se sont durcies et il vient de recevoir une convocation des S.S. La famille Frank décide de se cacher dans les bureaux d'Otto avec une autre famille, les Van Daan : il existe un bâtiment inutilisé, l'Annexe.

 

C'est le début de la clandestinité, dont Anne livre le quotidien dans son journal.

Mon avis :

J'ai été surprise au départ par le graphisme de cette bande dessinée : le dessin est minimaliste, sorte de crayonné à dominante de violet, et les phylactères contrastent avec leur fond vert. Cependant on s'habitue assez vite et l'on constate que les couleurs évoluent tout au long de l'album en fonction de l'humeur d'Anne : les planches s'assombrissent avec l'installation dans l'Annexe, alternant les gris et les bruns quand l'adolescente se fait morose voire déprimée. Là est bien la force de cette adaptation : les sentiments sont parfaitement tangibles, les auteurs ont bien su "capter et retranscrire l'émotion du texte".

 

Car "peu importe l'époque, les adolescents ont tous les mêmes préoccupations". Comme toutes les filles de son âge, Anne évoque dans son journal histoires sentimentales, puberté, relations familiales et amitié. Si elle est proche de son amie Hanneli, elle considère que Kitty est la seule "amie" de confiance à qui l'on peut tout dire. Ce sentiment d'incompréhension revient d'ailleurs tout au long de l'album: Anne regrette de ne pouvoir parler à cœur ouvert ni avec sa mère ni avec sa sœur Margot. Par contre elle est très proche de son père. Celui-ci, par son tempérament posé, désamorce bien des conflits.

 

Il n'est en effet pas simple de vivre confinés, dans des conditions aussi déplorables. Anne se plaint beaucoup que "tout le monde passe son temps à se disputer". La tension grandit de mois en mois (les huit clandestins resteront enfermés pendant deux ans), à cause de la promiscuité et de l'ennui, des coupures d'eau et d'électricité, des bombardements et de la faim, étant dépendants des amis extérieurs pour le ravitaillement. Entre deux, quelques pointes d'humour (j'ai beaucoup aimé les différentes Anne : la bêcheuse, la douce, l'insouciante, etc.) et les fous rire viennent heureusement alléger l'atmosphère. On apprécie par ailleurs l'originalité de certaines mises en page, l'illustrateur jouant sur les mises en perspective, les points de vue, les vignettes pleine ou double page, parfois sans texte. Il en résulte un album intense et poignant, autour d'une jeune fille que les circonstances ont fait "mûrir plus vite" : "Que reste-t-il de la petite Anne d'avant l'Annexe ?". La dernière planche est terrible, vignettes sans paroles sur de grandes pièces vides suite à la dénonciation...

 

L'album se clôt sur un mini dossier documentaire très bien conçu (la frise chronologique tout particulièrement) expliquant ce que sont devenus les Frank et leurs amis après leur arrestation. Il est bouleversant de réaliser qu'ils ont été déportés alors même que la Libération était engagée : à quelques mois près, ils auraient pu être sauvés... L'auteur explique également comment le journal d'Anne nous est parvenu : si la jeune fille ne voyait pas "qui cela pourrait intéresser", son père avait très bien compris qu'il serait "difficile d'imaginer comment des Juifs ont vécu cachés".

Une adaptation réussie, pour faire connaître le destin d'Anne Frank aux plus jeunes!

Avril 2017

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