Jane Eyre

de Charlotte BRONTË (1816-1855)

source image : Wikipedia
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Née dans le Yorkshire, en Angleterre, Charlotte Brontë est la fille d'un pasteur. Elle grandit dans une famille nombreuse, mais perd sa mère à l'âge de cinq ans. Son père envoie ses quatre filles aînées en pension, dont les conditions de vie difficiles font beaucoup souffrir Charlotte. Deux de ses sœurs décèdent peu après leur entrée en pension. Charlotte revient alors habiter chez son père.

 

Elle devient institutrice, tout en écrivant en parallèle. Elle publie un premier recueil de poèmes avec ses sœurs Emily et Anne, qu'elles signent sous des pseudonymes masculins. En 1847, son roman Jane Eyre paraît. Deux autres suivront jusqu'en 1853, cependant Jane Eyre reste son plus grand succès

 

Elle se marie en 1854, mais son bonheur sera de courte durée : Charlotte Brontë tombe malade et décède en mars 1855.

Texte : Ados.fr

- Ah ! ma parole ! Vous avez l'air d'une petite nonnette, tranquille, grave et simple, assise là, avec vos mains devant vous, les yeux généralement baissés, et quand on vous pose une question ou que l'on fait une remarque à laquelle vous êtes obligée de répondre, vous lâchez une réplique directe, imprévue, sinon brutale. (...)

- Cela continue ! Encore un coup de canif, alors qu'elle feignait de me tapoter gentiment la tête !

Folio classique, 2012, 848 p.
Folio classique, 2012, 848 p.

Orpheline, la petite Jane est confiée à la famille Reed. Mais depuis que son gentil oncle est décédé, la fillette est tenue à l'écart par sa tante qui ne l'aime pas, et maltraitée par ses cousin-cousines.

 

C'est presque un soulagement pour Jane d'être envoyée en pension à l'âge de dix ans. Pourtant la vie y est rude : le bâtiment est mal chauffé, les pensionnaires mal nourries, et l'éducation très stricte. La petite fille y passera huit ans.

 

A dix-huit ans, Jane passe une annonce pour devenir institutrice. Elle est embauchée à Thornfield par Mrs Fairfax afin de faire la classe à la jeune Miss Adèle. Elle ne tarde pas à faire également la connaissance du père de son élève, et propriétaire du manoir : l'autoritaire mais néanmoins charismatique Mr Rochester...

Mon avis :

édition que j'ai lue en 1991
édition que j'ai lue en 1991

Une écriture étonnamment moderne, autour d'une héroïne forte et indépendante !

Dans mon souvenir (vieux de vingt-cinq ans !), l'histoire de Jane débutait à Thornfield. En réalité, un quart du roman relate son enfance malheureuse, démontrant ainsi que dès toute jeune, notre héroïne, loin de se laisser abattre par l'injustice, développait déjà une force de caractère un brin rebelle. Malgré les coups de son cousin, les punitions de sa tante qui passe son temps à la rabrouer et la traite comme une domestique, Jane fait front, n'hésitant pas à exprimer avec franchise son ressentiment aux adultes. Les humiliations se poursuivent à la pension Lowood de l'ignoble Mr Brocklehurst - dans un premier temps du moins, car heureusement, de jolies rencontres attendent Jane. La sagesse de la jeune Helen Burns lui apprend à relativiser : "C'est faiblesse et sottise de dire que l'on ne peut supporter ce que le destin nous impose". Par ailleurs, la bonté et la douceur de Miss Temple, la directrice, lui redonnent la confiance d'affronter sa destinée : "Je n'aurais pas, à présent, échangé Lowood et toutes ses privations, contre Gateshead et son luxe de chaque jour".

 

Et puis voilà Jane accueillie à Thornfield par la bienveillante Mrs Fairfax et la vive Adèle : "Une phase plus douce de ma vie allait commencer". Sa première rencontre avec le lunatique mais fascinant Mr Rochester a un caractère quelque peu surnaturel : elle, entendant le cheval avant de voir le cavalier, pense aussitôt à une légende "où figurait un esprit du nord de l'Angleterre, le Gytrash, qui hantait les sentiers solitaires et surprenait parfois les voyageurs attardés". Lui, victime d'une entorse à cause d'une plaque de verglas, se demande s'il n'a pas affaire à une sorcière lui ayant jeté un sort ! Cet épisode caractérise parfaitement les deux penchants de notre héroïne : franche et vive d'esprit, ancrée dans une dure réalité, elle s'abandonne néanmoins fréquemment à une rêverie toute romanesque. L'oeuvre alterne d'ailleurs des scènes d'action et de dialogues rythmées, avec des passages plus descriptifs, presque languissants (et un peu longuets).

 

C'est la faculté de Jane à entretenir des échanges du tac au tac que Mr Rochester semble avant tout apprécier. La jeune femme n'a guère d'expérience du monde mais sait réfléchir et argumenter. Et surtout, elle lui tient tête en toute franchise ! Lui, "très fantasque et très brusque", questionne et ordonne. Son physique sévère ne fait pas de lui un bel homme mais Jane aime ce qu'il dégage : "Ses traits accusés, sans être beaux selon les règles, avaient pour moi quelque chose surpassant la beauté : un intérêt, une influence, qui me dominaient complètement et me retiraient la maîtrise de mes sentiments en les rivant aux siens. (...) J'avais appris à aimer Mr Rochester". Mais ces deux-là ne font pas partie du même monde... Quand Thornfield se fait le lieu d'accueil de mondanités, Jane est une fois de plus mise à l'écart par les "grandes" dames comme Blanche Ingram, méprisée, effacée, reléguée au second plan... bien que, ayant mûri, la situation ne l'affecte plus autant.

 

Enfin il y a ce rire quasi démoniaque provenant du troisième étage, et cette femme étrange que l'on nomme Grace Poole, qui confèrent au roman une dimension presque fantastique. L'auteur nous offre de savoureuses scènes nocturnes pleines de suspense, même lorsque l'on connaît (relecture oblige) le terrible secret de Rochester. Et puis malgré les années, je trouve que le style est resté très actuel, autant dans le vocabulaire employé que dans les tournures de phrases.

 

Jane Eyre, tout comme Emma Bovary ou encore la Nana de Zola, font partie de ces héroïnes de mon adolescence ayant contribué à me donner une image forte des femmes. Tenir malgré l'adversité, persévérer dans ses rêves, gagner son indépendance... autant de lignes de vie à suivre, encore aujourd'hui !

Juillet 2016

♦ Voir aussi...

Nobi nobi !, 2017, 311 p. (Les classiques en manga)
Nobi nobi !, 2017, 311 p. (Les classiques en manga)

L'avis de Fabien, bibliothécaire : 

 

L'adaptation en manga de Jane Eyre était un pari risqué... et malheureusement loin d'être réussi. Il était certes impossible de rendre justice à la subtile atmosphère qui émane du roman et qui est totalement absente dans ce manga. Et on se demande bien pourquoi Rochester, censé ne pas correspondre aux critères classiques de la beauté, ressemble à un croisement entre Johnny Depp et Viggo Mortensen. Les scènes (heureusement peu nombreuses) où celui-ci se plaint de sa "laideur" en deviennent de ce fait involontairement comiques! Sans le style flamboyant de la géniale Charlotte, l'histoire paraît bien terne et les rebondissement finaux plutôt tirés par les cheveux (mais bien pratiques pour terminer l'histoire!)

Bref si faire découvrir les grands classiques par le biais du manga est une bonne idée, le succès n'est pas garanti, loin de là. Cette adaptation insipide en est la preuve.

Avril 2017

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