Dix

roman de Marine CARTERON

S'il n'avait plus aucun doute sur une chose, c'était bien celle-ci : leur présence ici n'avait rien de fortuit.

Rouergue, 2019, 302 p.
Rouergue, 2019, 302 p.

Ils sont dix. Sept adolescents et trois adultes, sélectionnés pour participer à un escape game littéraire et passer à la télévision en prime time. Le tout sera filmé en direct 24h sur 24.

 

Le casting des ados semble coller parfaitement à ce format d'émission : la bimbo, le jeune premier, la sportive, les jumeaux, le geek et le petit génie. Direction : un manoir sur une île coupée du reste du monde.

 

Et quand la mort décide de frapper les candidats un par un, une seule question : qui est le coupable? Et un seul but: survivre...

(Texte : service de presse)

Mon avis :

Marine Carteron revisite avec bonheur le célèbre Dix petits nègres d'Agatha Christie, alliant judicieusement inspiration et adaptation.

Fan de la reine du crime, je me suis bien sûr amusée à retrouver les similitudes et les différences avec le roman original : présentation des personnages à travers leur trajet vers l'île; l'arrivée marquée par l'absence de la production et de son représentant No(rbert) Body; des énigmes dans des enveloppes menant à des (pseudo) clés vers la liberté; les statuettes des petits nègres remplacées par des pièces d'échecs et la comptine par des contes et mythes. J'ai été particulièrement impressionnée par l'ingéniosité avec laquelle l'auteur personnalise l'histoire et l'identité de chacun des protagonistes à travers l'évocation d'un héros imaginaire : Eliot est associé au Petit Poucet, Charles au Petit Chaperon rouge, Déborah à La Belle au bois dormant, Margaux à Icare, Carie à Narcisse, Viviane à Sisyphe, etc. et les meurtres sont des mises en scène aussi originales que horribles inspirées de ces fameux récits. Le lecteur averti devinera le coupable bien avant la fin (c'est l'annonce du rôle de Tyron dans "l'affaire Esther" qui m'a tout fait comprendre d'un coup) mais le macabre scénario se savoure malgré tout, nous happant dans un huis clos intense se concentrant sur moins de deux jours.

 

L'adolescent qui ne connaît pas le roman original appréciera tout autant l'ambiance tendue et le rythme soutenu de cette narration chorale où les voix s'alternent dans de courts passages. D'emblée, on comprend que tous les personnages, jeunes comme adultes, ont quelque chose à cacher et cherchent à manipuler les autres. Déjà, ils ont tous un lien avec le même lycée, Sainte-Scholastique, et certains, avec une certaine Esther qui s'est suicidée deux ans auparavant. Toute l'énigme repose sur leur part de responsabilité ("Nous sommes tous des monstres"), qui sera dévoilée au fur et à mesure que se déroule la vengeance ("Quelqu'un, là-haut, avait décidé de le punir. Et il savait parfaitement pourquoi"). Incidents perturbants, sabotages, "Voix" qui s'élève au moment des meurtres, morts lentes et douloureuses: tout concourt à faire frissonner le lecteur. Mais ce qui reste le plus troublant, ce sont les crimes dont sont accusés les protagonistes : il est en effet question de harcèlement, d'inceste et de viol... Je crois que c'est le personnage de Charles qui m'a le plus marquée avec son besoin pervers de "savoir qu'il existait encore derrière un écran"...

L'objectif de Marine Carteron était ambitieux mais c'est mission réussie !

Avril 2019

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