Coupée en deux

roman de Charlotte ERLIH

La vie est vraiment étrange. Pendant des semaines, parfois des mois, il ne se passe rien, on est englué dans la répétition du quotidien, et tout d'un coup, ça s'emballe et tout arrive en même temps.

Actes sud junior, 2018, 89 p. (romans Ado)
Actes sud junior, 2018, 89 p. (romans Ado)

 

Cela fait cinq ans que les parents de Camille ont divorcé. Chaque dimanche soir, c'est le même déchirement : il faut dire au revoir et refaire ses bagages. L'adolescente connaît la fissure créée par la garde alternée, elle l'a même apprivoisée avec le temps.

 

Mais aujourd'hui, Camille doit faire un choix. Elle a rendez-vous avec la juge, son avis va être entendu. Désire-t-elle rester à Paris avec son père, sa nouvelle compagne et leur bébé ? Ou bien préfère-t-elle partir avec sa mère en Australie et changer complètement de vie ? 

 

(Texte : service de presse)

Mon avis :

La situation familiale de Camille a beau être banale, elle est pourtant source de souffrance. Tandis que la jeune fille attend en compagnie de ses parents l'heure du rendez-vous avec la juge, elle revient sur ce divorce qui a séparé sa vie en deux, la faisant évoluer d'une semaine sur l'autre dans des mondes quasi parallèles : "Quand mes parents se sont séparés, je me suis fissurée. Je tenais encore debout mais j'étais lézardée sur toute ma hauteur".

Le contraste est d'autant plus marqué que son père et sa mère ont des caractères opposés. L'une est plutôt stricte et organisé, tandis que l'autre se montre drôle et désinvolte. Avec sa mère, Camille mène une vie cadrée mais rassurante. Son père s'est remarié (avec Laure) et a eu une seconde fille, encore bébé. L'adolescente s'entend très bien avec elles deux. Choisir entre les deux foyers est donc chose impossible : Camille s'y sent aussi bien. Son déchirement est évoqué avec beaucoup de sensibilité. Sa perception des situations privilégie avant tout son ressenti. De même les personnalités des principaux protagonistes affleurent subtilement au fil des scènes bien plus qu'elles ne sont décrites. Ainsi on a l'impression d'être immergé dans le cœur de Camille tout en suivant l'intrigue de l'extérieur, un peu comme la jeune fille elle-même, qui tente de raisonner objectivement tout en étant submergée par son émotion, qui se sent parfois étrangère au problème alors qu'il la concerne directement.

Mais après tout, "c'était leur histoire, pas la mienne", non ? Soutenue par la juge, Camille finira par laisser la responsabilité à ces adultes qui ont "détruit son équilibre", à l'issue d'un suspense plein de tension et qui aura plusieurs dénouements. Car certaines situations ne peuvent se dénouer en un mot ni même en un jour, il faut laisser le temps aux enfants comme aux parents de ré-envisager la vie autrement.

Patricia Deschamps, mai 2018 


Du même auteur

réseaux sociaux
réseaux sociaux
schizophrénie
schizophrénie
droits des femmes
droits des femmes

Retrouvez Takalirsa sur Facebook, Babelio, Instagram  Youtube, Twitter et Tik Tok

Making of d'une chronique