Black friday

nouvelles de Christophe LEON

Le Muscadier, 2020, 102 p. (Rester vivant)
Le Muscadier, 2020, 102 p. (Rester vivant)

Des robes et du maquillage à ne plus savoir qu’en faire. Une tablette nouvelle génération à un prix canon. Une nouvelle loi sur l’obsolescence qui plaira à tous les ados du monde. Un petit commerce pas très légal. Un père Noël égaré au cœur de l’Afrique. Un enfant bien nourri par sa mère et par sa nounou. "Black Friday", ce sont six nouvelles d’humour noir à consommer sans modération. Mais attention, ce Vendredi noir vous laissera un goût amer dans la bouche : quand règnent l’hyperconsommation et les promotions perpétuelles jusqu’à la nausée, c’est notre planète qui souffre d’indigestion.

 

(4e de couverture)

Mon avis :

Un regard grinçant et désabusé sur notre société de (sur)consommation.

Parfois le Black Friday se transforme en "Bloody friday": Tristan et sa bande sont prêts à tout pour grapiller quelques places dans la file d'attente du AppleStore (comme simuler une attaque terroriste) et pour accaparer une tablette moitié prix (en criant "au violeur!"). Mais tel est pris qui croyait prendre...

De toute façon, "L'obsolescence" a tôt fait de toucher tous les produits. Et pas que les objets d'ailleurs! Les parents aussi sont parfois dépassés... voire échangeables? Jimmy, 15 ans, "participe à sa façon au sacro-saint principe du libre-échange" avec son petit business de coke. La mère de Marc quant à elle, est une fashionista qui "cède à ses impulsions, aux promotions et aux prix défiant toute concurrence", quitte à en jeter une bonne partie à la poubelle... et à passer à côté des questions essentielles ("mâle ou femelle?").

 

Dans ces six nouvelles, il n'est en effet question que de superficialité derrière la consommation à outrance. "Ce qui l'a séduit en premier, ce sont ses pompes"; "A Saint-Tropez, le temple du fric, on s'auto-consomme, on frime, on flaire l'aura de l'argent"; Laurent, bébé gavé d'une nourriture constamment et partout promue par la pub, finira obèse... et ignare ("Il ne comprend pas comment il est possible de former ou même de lire des mots sans l'aide d'une belle et bonne assiettée de pâtes"). Le texte est truffé de slogans publicitaires, c'est une vraie invasion -et j'ai adoré le message final du livre, très drôle et en même temps tellement d'actualité: "Depuis la suppression des droits d'auteur, les publicités contenues dans ce texte permettent de rémunérer son créateur et sa famille"...

 

Mais l'histoire qui m'a le plus marquée, c'est celle du Père Noël miteux ("L'homme Coco-Caca") qui, sur le trajet des USA avec son traîneau bondé de téléphones dernier cri, se retrouve par mégarde au Congo où Dany le petit Africain passe ses journées à ramasser du cobalt au fond des mines "jusqu'à sa dernière étincelle de vie pour un salaire de misère". Le bonhomme est consterné, il savait que "le cobalt sert à nourrir le ventre de la bête high-tech, à la gaver, mais il n'avait aucune conscience des conséquences", comme la plupart des gens. Ou bien préfère-t-on fermer les yeux?

Ainsi c'est un constat bien désolant que dresse ce petit ouvrage qui laisse un goût bien amer quand on le referme.

Patricia Deschamps, novembre 2020

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