Age tendre

roman de Clémentine BEAUVAIS

Sarbacane, 2021, 378 p. (X'prime)
Sarbacane, 2021, 378 p. (X'prime)

La Présidente de la République l'a décidé : tout élève doit faire, entre sa troisième et sa seconde, une année de service civique. Valentin n'a pas de chance : ses vœux ne sont pas respectés, et il est envoyé dans le Pas-de-Calais, dans un centre pour personnes âgées atteintes d'Alzheimer, minutieusement reconstitué pour ressembler à un village des années 60. Sa première mission semble assez simple : écrire une lettre à une pensionnaire qui a répondu à un concours dans un Salut les Copains de 1967, pour lui annoncer que, malheureusement, Françoise Hardy ne va pas pouvoir venir chanter pour elle. Sauf que c'est difficile d'annoncer une telle mauvaise nouvelle. Alors il annonce l'inverse. Françoise Hardy viendra !

 

(4e de couverture)

Mon avis :

Quand un adolescent se trouve transformé par un stage en service civique.

Au départ, j'ai eu du mal avec le style autistique de Valentin. Certes le texte est sensé correspondre à son rapport de stage, cependant il est particulièrement froid et distant, d'une part parce que l'adolescent est contrarié ("C'est une situation qui me met face à des défis imprévus") d'avoir été envoyé dans une unité mnémosyne ("établissement public de pointe spécialisé dans la fin de vie des personnes atteintes de démence"), d'autre part parce que l'on sent qu'il n'est pas habitué à exprimer ses émotions qu'il maîtrise très mal. Il traverse d'ailleurs des crises d'angoisse qu'il s'efforce de contenir avec les exercices inculqués par sa psy. "Décalé et sensible", surdoué doté d'une mémoire photographique, il ressemble fort à un Asperger sans que le terme ne soit jamais prononcé.

 

♪ Message personnel ♫ Françoise Hardy
♪ Message personnel ♫ Françoise Hardy

Et voilà que, grâce à une pensionnaire, Mme Laurel, Valentin découvre Françoise Hardy ("La voix qui avait rangé la crise de panique") à travers notamment ses chansons "Message personnel" et "La maison où j'ai grandi", la préférée de Mme Laurel, dont les paroles nostalgiques font écho à la maladie d'Alzheimer qui touchent les personnes âgées accueillies dans le centre. Peu à peu Valentin "sort de sa coquille", les écrits se font plus variés (j'ai beaucoup aimé les dialogues), et enrichis de notes rétrospectives apportant de l'émotion et de la réflexion aux propos émis sur le vif.

 

♪ La maison où j'ai grandi ♫
♪ La maison où j'ai grandi ♫

Valentin tombe amoureux de ce lieu qui l'apaise ("tout se fait avec douceur et attention") et de ses pensionnaires "grave attachants", qui contraste avec l'ambiance familiale. L'adolescent n'a en effet jamais accepté le remariage de son père avec M la Marâtre, au point de refuser tout dialogue et même de remettre les pieds chez lui ("Vivre ici! A l'unité"). Mais attention à ne pas fuir la réalité ("J'oublie les soucis, ici") et à se réfugier dans un monde factice...

 

Emission de variété d'Albert Raisner (1961-1963)
Emission de variété d'Albert Raisner (1961-1963)

Grâce à ses compagnons de colocation ("les autres gens du serci") et à sa tutrice Sola Perré (dont l'histoire est un peu longue...), Valentin va prendre du recul sur sa situation et l'envisager sous un autre angle. Au fil des mois, on le voit changer ("C'est une soirée où j'ai grandi"), gagner en maturité et en sérénité ("J'ai appris beaucoup de choses, je me suis développé en tant qu'individu"). Au final il sera triste de quitter l'unité mnémosyne et en même temps déterminé à aller "vers quelque chose de nouveau".

 

Patricia Deschamps, juin 2021



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