Abracadabra Amanda

Olivier POUTEAU

Il avait décidé de dessiner toute sa mémoire, tout ce qui dans ses souvenirs avait un lien avec sa mère.

Rouergue, 2014, 125 p. (doAdo)
Rouergue, 2014, 125 p. (doAdo)

Voler un morceau d'Amanda pendant son numéro de la femme découpée n'était pas la chose la plus intelligente à faire. Mais maintenant qu'une partie de la fille la plus détestée du collège est cachée dans sa chambre, que va faire Léonard ?

Avouer à ses copains Tom et Elliot qu'il est l'auteur du vol ? Mauvaise idée. Se dénoncer à l'inspecteur Brouillard ? Sûrement pas !

 

Après tout, même coupée en morceaux, Amanda est en pleine forme... Et surtout, le jeune garçon découvre que la boîte lui permet de rentrer en communication avec sa mère décédée...

Mon avis :

Quel roman étrange... Magie, enquête, deuil : les thèmes s'entremêlent dans cette intrigue déstabilisante mais néanmoins riche en émotion.

C'est un spectacle étonnant qui se déroule ce jour-là sous les yeux de tout le collège: Amanda, à qui l'on a volé une boîte pendant son tour de la femme découpée (à la faveur d'une coupure d'électricité), est bloquée dans sa posture bien que toujours vivante, et hurle à la cantonade qu'on lui rende son morceau de corps ! La scène est à la fois drôle et surréaliste, d'une part parce que la fillette est exécrable et aussi prétentieuse que ses parents ("toute la famille était à mettre dans le même panier"), d'autre part parce que personne ne s'explique cet incroyable phénomène : "Elle continuait de manger comme tout le monde, même si personne n'avait la moindre idée du chemin que suivaient les aliments qu'elle avalait". L'enquête est menée par un inspecteur dépassé par les événements, Brouillard, qui est secondé malgré lui par un radiesthésiste recherchant la boîte volée à l'aide d'un pendule (!), et qui reçoit des "exigences pour le moins curieuses" de la part de faux ravisseurs - chose dont il ne se rendra pas compte immédiatement, seul le lecteur sachant que le véritable coupable est le petit Léonard, narrateur de cette drôle d'histoire.

 

Léonard est un petit garçon malheureux depuis que sa maman est morte et que son papa est muré dans son chagrin alors que "il aurait aimé parler avec lui", lui dire "la manière dont la disparition de sa mère l'affectait et avait fait voler en éclats une partie de son enfance". Pour "combler le vide créé par son absence", Léonard dessine, consignant chaque souvenir qu'il a d'elle. Il se passe ainsi plusieurs chapitres avant que ne convergent ces deux directions de l'intrigue. Si dès le départ la boîte volée (qui se situait au niveau du cœur d'Amanda) fascine le garçonnet par "la sensation de chaleur" qui s'en dégage et plus surprenant, les sentiments de bienveillance et même de tendresse qu'il perçoit quand il la prend dans les mains, c'est un peu par hasard qu'il découvre son pouvoir magique.

 

Voir sa mère en rêve va débloquer un certain nombre de choses chez Léonard, à commencer par la parole. Une sérénité nouvelle qui le fait gagner en maturité ("Elle était toujours vivante en lui"), tout comme la terrible Amanda qui "prend conscience de ce qui cloche chez elle aux yeux des autres". Amanda qui, bizarrement, semble en savoir beaucoup sur l'expérience surnaturelle vécue par son camarade... Mais peu importe l'origine du phénomène, l'essentiel est qu'un petit garçon éprouvé ait trouvé la force d'affronter le drame de sa vie.

Décembre 2017


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