Une fille au manteau bleu

roman de Monica HESSE

La mort et la peur. C'est ce que sent mon beau pays qui se brise.

Gallimard jeunesse, 2016, 348p.
Gallimard jeunesse, 2016, 348p.

 

Amsterdam, 1943. Hanneke sillonne à bicyclette les rues de la ville afin de dénicher des marchandises au marché noir. Un jour, une cliente lui fait une requête particulière : retrouver une jeune fille juive qu'elle hébergeait et qui a disparu.

 

En recherchant la prénommée Mirjam Roodvet, Hanneke découvre les activités secrètes des réseaux d'entraide aux familles juives et entre à son tour dans la clandestinité.

 

(4e de couverture)

Mon avis :

Un roman qui aborde la Seconde guerre mondiale sous l'angle d'une enquête.

Spécialisée dans le marché noir, Hanneke fait partie de ces "filles jolies (...) également intelligentes et courageuses" qui ont l'art de tromper la vigilance des soldats allemands. Et c'est bien pour cela que Mme Janssen lui confie la délicate mission de retrouver la jeune fille juive qu'elle cachait chez elle et qui s'est mystérieusement enfuie. Hanneke est débrouillarde tout en ayant la tête sur les épaules : pour faire ce qu'elle fait au quotidien, il ne faut manquer ni de cran ni d'organisation ni de prudence.

 

Il faut dire que depuis la mort de son petit ami Bas au combat, Hanneke vit avec "une blessure qui ne semble jamais vouloir se refermer". D'apparence distante, elle cache une certaine culpabilité ainsi que de la colère. "Dans un pays où plus rien n'a de sens", où "ce qui était autrefois un si beau théâtre" est devenu une prison pour les Juifs en transit, où il faut constamment mentir et se cacher sous peine de mort, les modestes actes de résistance qu'elle mène ("à l'insu de ses parents") constituent "un petit élément à ma portée", un moyen de "remédier à ce qui nous révoltait".

 

Ainsi c'est à travers son investigation pour retrouver Mirjam que l'on découvre la réalité du conflit pour les Amstellodamois. J'ai trouvé intéressant que le roman aborde la question des photos prises clandestinement "pour qu'à la fin de la guerre les Allemands ne puissent pas nier ce qu'ils ont fait ici". Ces photos montrent en effet "une face cachée de la guerre. Un enfant affamé. Deux soldats conspuant un Juif terrorisé. Un sous-sol rempli de clandestins." L'histoire évoque aussi en filigrane la question de la responsabilité : comme le souligne l'auteur, "en une fraction de seconde, on pouvait décider de faire preuve de courage moral ou de lâcheté" et la frontière est mince entre "des héros et des salauds".

 

Malgré tout je n'ai pas totalement adhéré à l'intrigue qui souffre, selon moi, de certaines longueurs (l'héroïne tergiverse beaucoup) et aussi parfois de rebondissements convenus (la culpabilité qui n'était pas fondée, la morte qui ne l'était pas, l'échange d'identité...). J'ai trouvé les personnages un peu froids, à commencer par l'héroïne qui, à force de refouler ses sentiments, d'afficher un air désabusé, ne se révèle guère attachante même si l'on comprend bien qu'il lui est impossible de redevenir "la fille que j'étais avant la guerre".

 

Patricia Deschamps, février 2018


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