Survivre avec les loups

de Misha DEFONSECA

Aujourd'hui encore, je reste persuadée que le comportement d'un animal dépend de la manière dont l'homme l'aborde.

XO éditions, 2005, 281 p.
XO éditions, 2005, 281 p.

 

Fillette juive d'origine belge, Misha a 7 ans quand ses parents sont emmenés par la Gestapo puis déportés. Pour les retrouver, elle fuit la famille qui l'a recueillie avec comme seule idée fixe : "Aller vers l'est".

 

Misha entreprend alors une quête folle. Traversant la Belgique, l'Allemagne, la Pologne, endurant le froid et la faim, Misha marche inlassablement. Sur son chemin, seuls les loups lui offrent une compagnie réconfortante. Auprès d'eux, elle apprendra à survivre.

(4e de couverture)

Mon avis :

voir la bande annonce du film (2007)
voir la bande annonce du film (2007)

C'est dans un Géo ado hors série sur les théories du complot ("Gare aux mythos!") que j'ai entendu parler de ce livre : pendant des années l'auteur a fait croire que c'était une histoire vraie... alors que non !

C'est un récit rétrospectif que nous fait l'héroïne. Des années se sont passées depuis qu'elle a dû quitter Bruxelles et, revenue sur les lieux, elle cherche désespérément une trace de sa vie perdue avec ses parents... Pour tous, Mishke est devenue une "sauvage", un "petit monstre". Meurtrie et décalée, elle remonte le temps pour raconter son histoire.

 

Celle-ci commence dans un appartement quasi vide où il faut vivre cachée, dans la plus extrême pauvreté : "L'isolement dans lequel je grandissais était dû au fait que mon père était juif allemand et ma mère juive d'origine russe". Le danger est permanent et un jour, la fillette doit suivre la "dame en noir" qui la confie à "une femme aux cheveux mauves qui ne m'aimait pas". C'est un des rares moments d'émotion du roman ("Ma vie de petite fille aimée s'est arrêtée ce jour-là") car Mishke va ensuite s'évertuer à s'endurcir. Ce qui la touche le plus, c'est le silence autour de ses parents : à aucun moment on ne lui explique clairement la situation, elle sait juste que ceux-ci ont été "envoyés vers l'est". C'est d'ailleurs la direction qu'elle suivra invariablement à l'aide de la petite boussole offerte par "grand-père" (le beau-père de la femme aux cheveux mauves). La ferme du grand-père et de Marthe lui offre une ambiance chaleureuse qui contraste avec la méchanceté gratuite de leur bru. Auprès d'eux et de leurs animaux "la vie était belle" et "j'avais appris le monde", même si Mishke reste "une solitaire".

 

Et voilà que la présence allemande la fait à nouveau quitter le cocon. Cette fois Mishke s'enfuit seule, dans une "quête éperdue de ma mère" qu'elle croit encore vivante. La fillette fait preuve d'un courage et d'une endurance incroyables, volant dans les fermes pour se nourrir et s'habiller, résistant du haut de son jeune âge à la souffrance physique et morale. Si toute la première partie du livre contribue à expliquer ce qui fait que, dans sa personnalité comme son vécu, Mishke a été en capacité de survivre ainsi, livrée à elle-même, l'aventure reste tout de même peu crédible. Mais ce qui m'a gênée le plus, c'est que le style, malgré sa grande fluidité, reste assez froid et dur, comme l'héroïne, ce qui ne la rend pas attachante. Pourtant tous les éléments sont réunis pour faire une histoire émouvante.

 

C'est en Pologne que Mishke rencontre la louve, puis son compagnon. Pour la fillette, l'animal est comme une seconde mère, qui l'accompagne et prend soin d'elle. Une fois encore, elle arrive à se lier et communiquer avec les loups avec une incroyable facilité. De même, si l'on se réfère à la carte de l'Europe, elle aura parcouru à pieds un trajet de milliers de kilomètres! Même pour une fiction, c'est difficile à accepter. La période passée avec les loups n'est pas si longue (et remet quelque peu en cause le choix du titre...). La fillette va ensuite rencontrer des louveteaux et leur meute et s'intégrer à leur clan par l'observation et l'imitation ("Je ne sais pas combien de temps cela a duré, mais les petits ont bien grandi et commencé à chasser avec les autres"). Quant à la guerre, elle est vue de loin, tout au moins au début, d'une part parce que Mishke est petite, et d'autre part parce qu'elle se déplace le plus loin possible de toute activité humaine ("J'ignorais tout de la guerre"). Elle vivra tout de même un passage traumatisant dans le ghetto de Varsovie, connaîtra des bombardements en Russie, assistera aussi à une fusillade et un viol... Mais supportera tous ces événements tragiques (ainsi qu'une blessure au dos et une entorse à la cheville...) grâce à sa "force mentale", et elle entreprend de faire demi-tour à la fin du conflit en passant par la Roumanie, la Yougoslavie, l'Italie et la France (!).

 

Les derniers chapitres évoquent le difficile retour à une vie "normale", il faut "reprendre pied" malgré les nombreux traumatismes. Mishke souffre de ne pas savoir ce que sont devenus ses parents et après avoir vécu si longtemps seule, "l'adaptation sociale restait impossible". Elle retiendra surtout que "l'homme est le plus terrible des prédateurs" et même "l'ennemi universel"... aspirant à retrouver la sérénité d'une vie proche de la nature et des animaux.

Janvier 2019


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