Soul breakers

roman de Christophe LAMBERT

Il sentait monter en lui le puissant appel de la route, l'appel de la quête.

Bayard jeunesse, 2017, 587 p.
Bayard jeunesse, 2017, 587 p.

Aux Etats-Unis en 1936.

Le pays traverse une grave crise financière qui, ajoutée à la sécheresse, a ruiné de nombreux agriculteurs de l'Oklahoma. Comme des milliers d'autres familles, Teddy, son père et sa petite sœur Amy ont entrepris de partir, à pied, dans un autre Etat afin d'y trouver du travail et une vie meilleure. Le soir, ils dorment dans des camps de fortune, le ventre quasiment vide.

 

Ce jour-là, un groupe de forains installe son chapiteau, le Sirius Circus, à proximité des taudis. Teddy, qui a travaillé pour gagner deux places, y emmène Amy. Mais il aurait dû suivre son instinct qui lui disait de se méfier de ces gens à l'attitude étrange : depuis qu'elle a participé au spectacle de marionnettes de l'homme en noir, Amy est tombée en catatonie ! Teddy en est persuadé : les forains lui ont volé son âme ! Dès le lendemain, il part à leur poursuite...

Mon avis :

Un roman d'aventure qui mêle habilement Histoire et magie !

Ce livre est avant tout un road-trip à travers les Etats-Unis. La quête de Teddy le mène de l'Oklahoma au Nouveau-Mexique, puis de Chicago (dans l'Illinois) à la Nouvelle-Orléans (en Louisiane). Véritable créateur d'ambiance, l'auteur reconstitue aussi bien un festival de cow-boys qu'un carnaval, un institut psychiatrique ou une plantation en pleine mangrove. Car il lui en arrive des péripéties, au jeune héros ! On a d'ailleurs parfois l'impression de s'éloigner de l'intrigue principale tant son parcours est semé d'embûches. Chaque escale est en effet l'occasion d'entrer dans l'histoire américaine, d'abord avec le camp de migrants (qui rappelle Les raisins de la colère), puis dans les mines de cuivre, les abattoirs... La référence en passant à la "musique de dégénérés" (le jazz) par un nazi (sujet d'un autre roman de C. Lambert, Swing à Berlin) m'a beaucoup amusée. Le texte, très documenté, évoque tous les grands incontournables de l'époque, n'échappant pas à quelques longueurs heureusement sauvées par un style cinématographique laissant la part belle à l'action. 

Et puis il y a la dimension fantastique qui tient en haleine, véritable fil conducteur de l'aventure. Si le quatuor de forains a un côté caricatural (un nain, un colosse, une diseuse de bonne aventure et un "homme en noir" vampirique), ces "espèces de sorciers" affichent d'emblée des particularités qui intriguent, comme la capacité à sonder les esprits. Teddy et Amy ne sont pas en reste : l'un a des visions prémonitoires et l'autre le don de télékinésie. La route de l'adolescent croisera celle d'autres personnes aux talents surnaturels (maîtrise du feu, pouvoir de guérison, télépathie...) et on a droit à une terrifiante scène de fanatisme ("Sorcellerie !", "C'est un signe du démon !") comme le pays en a malheureusement tant connues. Seul Duca Moreno, l'ami fidèle de Teddy, ne recèle pas de pouvoir, mais il lui sauvera malgré tout la mise plus d'une fois ! Le grand affrontement final, qui oppose très classiquement la magie blanche contre la magie noire, est sans surprise, mais on retiendra un roman très complet, riche en rebondissements et en connaissances, que l'on verrait bien adapté en film !

Patricia Deschamps, février 2017

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