Si je résume...

de Jo HOESTLANDT

Car, dans le fond, ça se résume à quoi ce qui fait une vie, ce qu'on devient, ce qu'on est? Une somme de petits moments, de petites choses, de presque rien qui décideraient de presque tout...

Magnard jeunesse, 2017, 95 p. (Presto)
Magnard jeunesse, 2017, 95 p. (Presto)

 

Alors que Jo a douze ans, sa vie prend un nouveau tournant. Son père décide de quitter son travail pour s'occuper d'un hôtel-restaurant à la campagne. Elle qui adorait leur petit appartement de banlieue parisienne, ses amies, ses cours de danse, la voici déracinée.

 

A la campagne, les hommes sont rudes avec les bêtes, les filles de son âge se moquent de son accent, et ses parents sont toujours débordés... Jo affronte les difficultés jusqu'à trouver sa voie : plus tard, elle sera écrivain !

Mon avis :

Je découvre la collection "Presto" de Magnard jeunesse, proposant de courts récits (en partie autobiographiques) écrits à la première personne, à la "composition aérée" et "faciles à lire" (une version audio lue par l'auteur est téléchargeable). Agréable surprise : ce roman n'est pas enfantin pour autant.

 

Dans ce texte intimiste mais pudique, comme écrit d'un seul souffle, Jo Hoestlandt revient sur un épisode déterminant de sa vie : le déménagement de sa famille parisienne à la campagne. Obligée de s'adapter à cette nouvelle vie qui lui est brutalement imposée, l'adolescente fait de douloureuses expériences comme le chagrin, la séparation, les moqueries ("Tu parles drôlement. Avec l'accent de Paris."), la mort ("l'assassinat du vieux chien", les chatons nouveaux-nés jetés à la rivière)... Chacune d'elle fait l'objet d'une petite phrase mise en exergue, tel un refrain : "C'est comme ça que j'ai compris qu'on peut tous avoir la rage, et se battre comme des chiens, dans la vie.", "C'est comme ça que j'ai compris ce qu'éprouvait un étranger qui a changé de pays et de vie.", "C'est comme ça que j'ai compris que la liberté, ça pouvait faire peur d'abord."

 

Jo découvre également l'amour des animaux (elle soigne ceux de la ferme, recueille ceux qui sont abandonnés) et s'ouvre à la nature "dans toute son intelligence et sa beauté" : "Au doux printemps, j'allais me promener avec le chien dans les collines aux cerisiers. De là-haut, j'embrassais un paysage champêtre de courbes et de creux, d'arbres et d'eau, harmonieux, s'étendant jusqu'aux confins du ciel à la lumière changeante ; j'y faisais de magnifiques promenades propices aux rêveries." Car malgré tout, la jeune fille reste solitaire et secrète ("C'est fou tout ce que je taisais."), souffrant de se sentir décalée, incomprise, ignorée ("C'était rare, la liberté d'être moi. Vraiment rare."). Alors elle se réfugie dans la lecture, puis dans l'écriture, déclenchant cette vocation qui deviendra son métier.

 

Ainsi il se dégage de ce court roman une ambiance mi-poétique mi-nostalgique dans laquelle on ressent toute la sincérité d'une auteure livrant comment pour elle, autrefois, "l'innocence de l'enfance s'est envolée". 

Certes ce titre peut être proposé en complément de la collection "Flash fiction" (à destination des plus jeunes) aux "petites" lectrices de 4e. Cependant il relate un passage initiatique intemporel dans lequel toutes les jeunes filles d'aujourd'hui peuvent se reconnaître.

Juillet 2018

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