Sa Majesté des mouches

de William GOLDING

- A mort le cochon. Qu'on l'égorge. Que le sang coule.

Belin - Gallimard, 2008, 336 p. (ClassicoCollège)
Belin - Gallimard, 2008, 336 p. (ClassicoCollège)

1954. Un avion s’est écrasé sur une île en plein Pacifique. Seuls survivants, une vingtaine de garçons, enfants et adolescents, doivent s’organiser pour survivre en attendant les secours.

 

Intelligent et responsable, Ralph est naturellement choisi pour être le chef. Il est souvent conseillé par Piggy (ou Porcinet selon les éditions), garçon obèse et gauche mais doté d’un solide bon sens.

 

Cependant l’harmonie ne règne pas bien longtemps car le jaloux et agressif Jack fait tout pour arracher à Ralph son titre de chef. Une découverte macabre va précipiter la fin de la cohésion du groupe et transformer ce séjour sur l’île en cauchemar.

L'avis de Fabien, bibliothécaire :

bande annonce du film de Peter Brook (1963)
bande annonce du film de Peter Brook (1963)

Publié en 1954, Sa Majesté des Mouches a traversé les décennies et est considéré à juste titre comme un classique  de la littérature anglaise. Mais le fait qu’il soit classé en « roman pour ados » peut tout de même surprendre compte tenu de la violence de certaines scènes et surtout de la vision ultra noire que l’auteur a de l’humanité. Luttes de pouvoir, humiliations (le traitement réservé à « Porcinet » quasi immédiatement devenu le souffre-douleur de la petite bande), cruautés en tout genre (les cochons sadiquement massacrés sous couvert de chasse)... les garçons livrés à eux-mêmes vont passer en revue tous les travers de l’âme humaine. Mais malgré ce pessimisme (que certains  pourront trouver excessif), le roman tient en haleine notamment grâce à un suspense très maîtrisé ainsi qu’une ambiance angoissante proche du fantastique, ce qui rend le lecteur d’autant plus disponible pour recevoir ce que l’auteur veut nous dire : l’homme est un loup pour l’homme et la civilisation peut vite céder la place à un retour à l’état sauvage si les circonstances s’y prêtent. Même si l’on sort de ce roman un peu sonné (mais il est bon d’être parfois « dérangé » quand il s’agit de littérature), sa lecture reste incontournable.

Septembre 2018

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Et aussi...

♦ Adaptation théâtrale de Nigel WILLIAMS

RALPH : Si ce qu'il dit est vrai, il n'y a peut-être que nous seuls...

JACK : Et alors, c'est si terrible ?

SIMON : Ça ne dépend que de nous.

Mon avis :

Ecole des loisirs, 2001, 124 p.
Ecole des loisirs, 2001, 124 p.

Je n'ai pas lu le roman mais j'ai trouvé la version théâtrale prenante, avec des personnages principaux à la personnalité forte et des dialogues qui s'enchaînent bien (il n'y pas de scènes à l'intérieur des actes mais ceux-ci se découpent en plusieurs temps délimités par des didascalies).

Le premier acte est un rapport de force entre Jack, Ralph et Piggy (alias Cochonou). Jack est l'autoritaire qui veut faire "comme à l'école" ("sinon on va finir comme des sauvages") cependant il a des airs de dictateur : "Je pense que ça devrait être moi le responsable du groupe vu que je suis déjà le délégué de la chorale". Il s'oppose à Piggy le complexé ("ça compte pas qui je suis") qui se voit traité de "débile" ("T'y connais vraiment rien, toi !") alors qu'il est la voix de la raison : "On ne peut pas faire tout ce qui nous plaît". Pour lui il faut se montrer "justes" et donc se réunir en assemblée afin de "prendre les décisions" ensemble. Ralph n'est qu'un amuseur, vaguement opportuniste, qui navigue de l'un à l'autre selon les circonstances.

 

Dans le deuxième acte, deux groupes se sont formés : Ralph s'est définitivement rangé aux côtés de Piggy, sur la plage ("On a surtout besoin d'être un peu civilisés"), tandis que les choristes se sont transformés en chasseurs de cochon sauvage(s) dans la forêt ("Tout ce que tu tues te rend plus fort"). On y voit bien sûr une allégorie relative à leur camarade ("Tuer le cochon !"). Alors que Ralph se montre de plus en plus sérieux et responsable, Jack a radicalement changé d'attitude et devient même ingérable : c'est Ralph qui a été élu chef mais Jack n'est "jamais content si c'est pas lui qui décide". Désormais il ne pense qu'à s'amuser ("Moi je veux manger et danser"), entraînant les autres dans son sillage. L'atmosphère se charge peu à peu en tension mêlée d'hystérie collective ("Jack éprouve un sentiment de toute puissance")... jusqu'au drame.

 

Dans le dernier acte règne la terreur. La bande de Jack s'est transformée en petits soldats "presque en ordre militaire" qui jouent à effrayer Ralph et les siens. Si la conque reste un fragile symbole de contrôle, de civilisation auquel ils se raccrochent, il n'existe bientôt plus aucun cadre, plus aucune règle ("Tout est flou"). Les véritables natures se révèlent ("tricheur, menteur, voleur") jusqu'à l'explosion de la violence. Comme quoi l'éducation s'oublie vite lorsque les enfants se retrouvent livrés à eux-mêmes ("J'aurai pensé que des garçons britanniques se seraient mieux comportés")...

Octobre 2018


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