Pendant la guerre de Cent Ans : Journal de Jeanne Letourneur, 1418

Brigitte COPPIN

Au lieu de s'unir pour résister aux Anglais, les grands seigneurs du royaume se font la guerre et c'est le peuple de France qui reçoit les coups.

Gallimard jeunesse, 2016, 137 p. (folio junior)
Gallimard jeunesse, 2016, 137 p. (folio junior)

"23e jour de mars. Tant qu'il me sera possible, j'écrirai tous les jours jusqu'à ce que cette maudite guerre finisse. S'il m'arrivait malheur, j'aimerais que mes parents retrouvent ce souvenir de moi. Ils s'appellent Thomas et Marie Letourneur et résident à Louviers, près de l'église Saint Jacques. Moi, je suis Jeanne, née le jour de la Saint-Martin.

 

Nous sommes à présent en l'an 1418. Cela fait trente-huit ans que Charles le Bien-Aimé est notre roi et tout va mal dans le royaume de France. Maman m'a souvent raconté comment ces brutes de soldats anglais pillent les maisons, saisissent les bourses et les bijoux, emportent les moutons et parfois aussi les jeunes filles. "

 

(texte : 4e de couverture)

Mon avis :

Fuyant une Normandie en guerre, dévastée par les Anglais, Jeanne se bat pour sa survie.

Quand la jeune fille (qui a reçu une instruction dans sa ville d'origine, Louviers) débute son journal en 1418, voilà des années qu'on se bat pour la couronne de France, comme nous l'explique l'historien dans le dossier en fin d'ouvrage. Ce que ne sait pas Jeanne, c'est que la guerre n'est pas près de se terminer (elle a duré de 1339 à 1453 !)... Ses parents ont donc bien eu raison de l'encourager à partir !

 

Mais il n'est pas simple pour une adolescente de 14 ans de se débrouiller seule dans un monde hostile... Ses parents lui manquent, elle s'inquiète pour eux, n'ayant pas de nouvelles. Et Paris n'est pas non plus une ville sûre : une guerre civile fait rage entre les Armagnacs, partisans de la famille royale, et les Bourguignons qui veulent mettre sur le trône le duc de Bourgogne. Ces derniers sont en cela soutenus par la puissante confrérie des bouchers et ils font régner la terreur sur les habitants affamés. Jeanne raconte sa peur des pilleurs et des émeutiers ainsi que la difficulté à démêler les rumeurs de la vérité.

 

Heureusement son parcours est jalonné de belles rencontres, notamment à l'auberge de dame Emeline qui lui donne le couvert et le logement en échange de sa participation à la tenue de l'établissement. Jeanne fera la connaissance de l'usurier Pierre Le Flament, de la petite cueilleuse de fleurs Marie accompagnée de son chien Scampette, et elle partage le quotidien de Catherine et Berthilde dans la soupente qui lui sert de chambre. Son périple la mènera jusqu'aux bords de la Loire près de Tour, aux côtés de la famille Letellier dont le fils Renaud ne lui est pas indifférent... Chacun, à sa manière, la bouleversera "par les marques d'affection qu'ils m'ont données".

 

Cette immersion médiévale nous apprend au passage plein de petits détails sur la vie de l'époque, les mœurs, les métiers et aussi l'omniprésence du christianisme : l'église est à la fois un lieu de recueillement et un refuge, les semaines sont ponctuées d'événements religieux (le carême, Pâques...) et l'héroïne va même parcourir un bout de chemin avec des moines. Cette épreuve de vie la fera bien sûr mûrir plus vite que prévu : "Celle que j'étais à Louviers s'éloigne dans mon souvenir. Il me semble que je deviens une autre, plus libre", et Jeanne se révélera au final "un petit brin de femme formidable".

Décembre 2017


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