Nous autres simples mortels

Patrick NESS

Curieux comment les choses évoluent tout le temps. Un jour on lève les yeux, et tout est différent.

Gallimard jeunesse, 2016, 333 p.
Gallimard jeunesse, 2016, 333 p.

Et si vous n'étiez pas l'Élu ? 

Si vous n'étiez pas destiné à être un héros ? Celui qui est censé combattre les zombies, ou ce nouveau truc, là, complètement dingue, avec les lumières bleues. Il y a des choses tellement plus importantes que la énième fin du monde ! 

 

Si vous étiez comme Michael qui veut simplement avoir son bac, passer ce dernier été avec ses amis et, enfin, embrasser Henna (ou plus). Juste se sentir capable de découvrir l'extraordinaire dans sa vie si ordinaire...

 

(Texte : 4e de couverture)

Mon avis :

J'avoue ne pas avoir compris grand chose à cette histoire de "indie kids", de vampires, de lumière bleue et autre cerf zombie qui revient à la vie... Il y a en fait deux tendances radicalement opposées dans ce roman : les inquiétudes du héros, Michael, à quelques semaines de passer son bac et ensuite de commencer "une nouvelle vie que j'attends avec impatience" ; et des éléments fantastiques qui viennent se glisser, souvent par surprise, en pleine scène "ordinaire", sans que "tous les trucs bizarres qui se passent en ce moment" soient expliqués. Il en résulte un récit confus auquel on a bien du mal à accrocher.

 

Personnellement, j'ai rapidement zappé les débuts de chapitres obscurs sur les mystérieux indie kids (sortes de super-héros ?) pour me concentrer sur le groupe d'ados lambda ("nous autres, simples mortels", donc) gravitant autour de Michael.

Victime de TOC ("Je me suis lavé les mains dix-sept fois"), celui-ci est un adolescent anxieux : "Ce que je n'arrive pas à comprendre, c'est que je suis tout le temps inquiet". Il y a ces fameux phénomènes inexpliqués certes, mais aussi une situation familiale et personnelle pas toujours simple : le bac à passer, l'alcoolisme de son père à gérer, la carrière politique de sa mère à supporter (il faut donner une image publique lisse "comme la famille parfaite que nous ne sommes pas"), l'anorexie de Mel (sa sœur aînée) à surveiller, Meredith (la cadette) à encadrer et surtout, ses sentiments pour Henna à déclarer. Et pour Mike, le temps est compté : "confronté à l'un des plus grands bouleversements de la vie, quitter le lycée et vivre sa vie", il va bientôt partir en fac loin ("à deux Etats de distance"), ce qu'il espère et redoute à la fois : "Tu as peur du changement", observe son meilleur ami Jared qui l'aide "à se sentir en sécurité dans le monde". Ainsi, Mike souhaite "passer les dernières semaines aussi près que possible de ses amis avant que nous prenions tous des routes différentes" - qui sait s'ils ne l'oublieront pas par la suite ("Ils n'ont pas besoin de moi comme j'ai besoin d'eux") ?

 

Lu sous cet angle, le roman est plutôt agréable, même si guère original. Le problème c'est que ce qui est sensé faire sa singularité m'a complètement échappé de par la façon dont l'auteur l'a traitée, et je suis parfaitement consciente d'être passée à côté de sa véritable intention... Peut-être ces personnages ordinaires sont-ils à notre image, ignorants de ce qui se passe en coulisse dans les sphères du pouvoir: "Le phénomène est resté confiné, étouffé, ne concernant qu'un petit groupe de gens tandis que le monde faisait semblant de ne rien voir". La mère de Michael ne dit-elle pas : "Tout ce qui m'intéresse, c'est d'essayer de rendre le monde plus sûr pour toi et tes sœurs" ? Conscient des combats qui se jouent un peu partout, on "n'est pas forcément le gars qui va changer le monde. La plupart des gens doivent juste vivre leurs vies du mieux qu'ils peuvent, en accomplissant des choses qui sont grandes pour eux. Tout en sachant que le monde n'a pas de sens mais en essayant d'être heureux quand même". Peut-être que prendre soin de ses proches, c'est déjà beaucoup. En ce sens, les relations qui lient Michael à Jared et surtout à Mel ("Nous partageons notre dinguerie, nos névroses. Et c'est comme de l'amour") sont particulièrement touchantes.

 

L'explosion finale du lycée est-elle l'issue d'un combat surréel qui s'est joué dans l'ombre de cette intrigue, ou bien le symbole de la fin d'une période pour les jeunes héros ? Après tout, peu importe, "pourquoi est-ce que tout devrait signifier quelque chose ? N'avons-nous pas assez de vie à vivre ?" - ou tout simplement à lire ?

Septembre 2017

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