Nos cœurs tordus

de Séverine VIDAL et Manu CAUSSE

Il y a mille raisons d'aimer les handicapés, mais sûrement pas juste parce qu'ils le sont.

Bayard jeunesse, 2017, 223 p.
Bayard jeunesse, 2017, 223 p.

 

Nouveau venu au collège Georges-Brassens, Vladimir, dit Vlad, a les genoux qui se cognent et les mouvements désordonnés d'un pantin désarticulé. Handicapé de naissance, il intègre avec plusieurs autres jeunes la nouvelle section ULIS (Unité Localisée pour l'Inclusion Scolaire) de l'établissement.

 

Mais Vlad est aussi passionné de cinéma, drôle, sensible, généreux et audacieux. Cela suffira-t-il à séduire Lou dont il est tombé amoureux ? Surtout qu'elle sort avec le beau Morgan qui est tout à fait normal, lui...

Mon avis :

Un roman qui aborde le handicap sous l'angle de l'humour et de l'amour.

Ce n'est pas souvent qu'un livre évoque les ULIS. Dans ce roman choral où l'on suit certains des "freaks" de la section mois après mois, ils vont prouver au fil de l'année scolaire que ni leur personnalité ni leur vie ne se résume à leur handicap. 

 

Au centre du groupe, il y a Vlad le charismatique. Comme il est atteint d'athétose depuis la naissance, "tituber, c'est un peu ma marque de fabrique." Obligé de s'appuyer sur une canne, il s'est approprié l'objet en le prénommant Monique et en le customisant (comme Parker avec ses bandeaux dans Dis-moi si tu souris). Solaire, il est "un exemple pour beaucoup" et va fédérer le groupe autour d'un projet collectif de film. A ses côtés, Saïd le boxeur qui doit apprendre à s'exprimer autrement qu'avec ses poings ("Je le sais bien : s'énerver, c'est perdre.") et Mathilde la gothique, clouée dans un fauteuil, qui oscille entre dépression et agressivité jusqu'à ce qu'elle expérimente le théâtre. J'ai également beaucoup aimé le personnage du principal adjoint, Flachard, dont le mal être est comparable à celui des jeunes (même si c'est pour des raisons différentes) : il montre que la détresse peut aussi toucher les adultes, et va se sentir pousser des ailes grâce à cette bande de gamins pas comme les autres.

 

Le but de tout ce petit monde, c'est d'accéder au bonheur malgré tout : "J'en ai tellement marre que cette image me colle." Si Vlad est entouré de la tendresse de sa mère et de son papy ("Pas de "bon sang, pauvre gosse" avec lui"), Saïd et Mathilde semblent moins chanceux. Et puis chacun(e) est amoureux(se) de quelqu'un de "normal" et n'ose envisager que les sentiments soient réciproques. Mais ensemble, ils vont se rendre compte qu'ils peuvent être aimés malgré leur différence, ce qui va les transformer. De plus en plus soudés, devenant les uns pour les autres "des amis, des gens sur qui compter", s'épanouissant dans l'amour, ils vont peu à peu gagner en estime de soi : "Je commence à me voir comme je suis, avec mes limites et mes qualités". Et même si toute cette histoire paraît un peu trop idéalisée, le message véhiculé est essentiel : "Ton handicap n'est rien à côté de ce que tu vaux."

Février 2018


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