Les variations Lucy

Sara ZARR

La vie ne pouvait pas se résumer à une somme de réussites.

Bayard, 2016, 437 p.
Bayard, 2016, 437 p.

La vie de Lucy et de sa famille a toujours tourné autour du piano, des concerts et des concours. Mais un jour, suite à un drame, elle décide de ne pas monter sur scène. Son grand-père, le mentor de la famille, affirme alors que cette décision ne peut être que définitive.

 

Son jeune frère Gus prend alors sa relève pour satisfaire les ambitions familiales. Lucy retrouve son amie d'enfance et le lycée. Mais elle a du mal à y trouver sa place.

 

C'est alors qu'un nouveau professeur est engagé pour aider Gus à progresser. Ses méthodes vont se révéler peu conventionnelles et bouleverser Lucy...

 

Texte : orbe

Mon avis :

Une analyse subtile des sentiments éprouvés par une jeune pianiste prodige à qui sa famille fait subir une pression étouffante.

Discipline, décisions imposées, esprit de compétition et réussite exigée : Lucy a l'impression qu'on lui a "volé sa vie, petit bout par petit bout, jusqu'à ce qu'abandonner la musique lui ait paru le seul choix possible". Son grand-père surtout, figure familiale intransigeante, a toujours voulu gérer sa carrière à sa façon, secondé en cela par la mère de Lucy. Le père, effacé, a laissé faire. Jusqu'à ce fameux concours à Prague où l'adolescente a craqué, se faisant taxer de "petite peste trop gâtée", elle qui "s'était comportée depuis toujours comme on l'attendait d'elle". Depuis, elle surveille, inquiète, l'évolution de son petit frère Gus sur qui se sont reportées les exigences familiales. Car "être doué n'était pas une raison pour suivre un chemin qui ne convenait plus".

 

Mais voilà : la musique lui manque. Tiraillée entre sa passion et sa volonté de "prendre des décisions pour sa propre vie", elle est consciente que "pour affronter le piano, il lui faudrait affronter son grand-père". Avec Will, le professeur de piano de son frère, Lucy va entreprendre une lente reconstruction psychologique, enclenchant un "mécanisme émotionnel complexe" : "rien que toi et la musique", lui conseille-t-il. Cependant ce n'est pas si simple : si, pour jouer du piano, "il faut du cœur" en plus de la technique, se recentrer sur moi-même nécessite de ne pas négliger les autres, d'avoir du cœur, de l'attention donc, pour eux aussi. En réalisant ce travail sur soi, sur son rapport à la musique, sur "ce qu'elle voulait et ce qui lui importait", Lucy réalise qu'elle n'est pas seule, qu'elle peut s'appuyer sur ses deux amis, sur son père, peut-être même se réconcilier avec sa mère, mais aussi ne pas tout ramener à elle, ne pas négliger le ressenti de son petit frère, qui a peur qu'elle lui "vole" Will et tout ce que cela implique.

 

Lucy a en effet une relation de plus en plus fusionnelle avec l'enseignant, le considérant (à tort ?) comme le seul ami capable de la comprendre, ressentant envers lui des sentiments amoureux certainement issus du fait que pour la première fois, on s'intéresse à elle pour ce qu'elle est et non pas pour ce dont elle est capable. Quoique... Les gens ne sont pas toujours ce qu'ils semblent être... Heureusement, ayant gagné en sérénité et en maturité à la suite d'une métamorphose se déroulant tout au long du roman, Lucy apprendra à relativiser, à faire des compromis, tout en restant "connectée à cette partie de moi-même" indissociable de la musique. 

Juin 2017

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