Il te faudra du courage et de la patience,
mais un jour, tu iras mieux, je te le promets.
(p.83)

En avril 1945, à la libération du camp de Buchenwald, plus d'un millier d'enfants juifs ne savent pas où aller. Ils ont miraculeusement survécu et sont pour la plupart orphelins. Une mobilisation internationale, animée par l'OEuvre de Secours aux Enfants, organise leur prise en charge et tente de les aider. En juin 1945, 426 d'entre eux sont accueillis en Normandie, le temps d'un été. Ils sont en mauvaise santé, traumatisés et sans repères. Médecins, éducateurs et assistantes sociales vont les soigner, les aider à se reconstruire, et à reprendre goût à la vie.
(4e de couverture)
Mon avis :
Ce qui m'a plu dans cette bande dessinée, c'est qu'elle raconte l'après-guerre: elle débute à la libération du camp le 11 avril 1945, tandis qu'un soldat américain parcourt les lieux pour annoncer la bonne nouvelle ("You are free! It's over!"). Les Américains découvrent les horreurs qui y ont été perpétrées (il y a une scène émouvante où un soldat filme les tas de corps décharnés, les larmes aux yeux). Et dans le Kinderblock, un millier d'enfants juifs, affamés, malades.
Ces enfants endurcis ("Moi ça fait longtemps que je ne pleure plus") découvrent avec colère la vie luxueuse que les nazis menaient dans les casernes ("Eh ben! Ils ne s'embêtaient pas pendant qu'on agonisait!"). Cette envie de vengeance, envers leurs bourreaux mais aussi envers tous ces adultes qui n'ont pas su les protéger ("Ils en veulent au monde entier de les avoir abandonnés...") aura bien du mal à s'estomper.
Que faire de ces enfants? Comment les "rendre à la société des hommes"? Ils seront finalement pris en charge par l'OSE (Œuvre de Secours aux Enfants) en attendant de retrouver leur famille et de les rapatrier dans leur pays (ils viennent de Pologne, Roumanie, Hongrie et même Palestine)... si cela est possible. Une partie d'entre eux est envoyée en Normandie, dans le foyer d'Ecouis.
Là-bas, la prise en charge est difficile. Décrétant qu'ils ont "tous les droits" et "pas d'ordre à recevoir" maintenant qu'ils sont libres, les garçons volent, pillent, font à leur guise, "se croient tout permis". Mais derrière ces enfants infects qui se plaignent de tout, on devine bien des traumatismes: "Ils ne se sentent plus en sécurité en Europe", "Ils ont compris qu'ils étaient en transit ici, ils ne veulent pas développer de liens avec nous". Malgré tout, les membres de l'association font preuve de patience et de compréhension pour les aider à se reconstruire.
Des journalistes les rencontrent plusieurs fois, afin de "transmettre ton histoire" au monde entier. A Paris, dès juillet 1945, on peut voir une exposition sur les crimes hitlériens, tandis que Charlie Chaplin sort son film "Le Dictateur" pour "se moquer d'Hitler". C'est à la fois une reconnaissance de ce que les rescapés ont subi et un moyen de prendre de la distance avec la souffrance.
On retrouve les protagonistes 60 ans plus tard, en 2005, pour de touchantes retrouvailles: "On a réappris ce qu'était l'humanité grâce à vous". L'album se clôt sur un carnet documentaire apportant des précisions sur le camp de Buchenwald, le personnel de l'OSE qui a vraiment existé ainsi que sur les parcours d'enfants ayant inspiré le récit.
Patricia Deschamps, janvier 2026