Le matin de Neverworld

roman de Marisha PESSL

Gallimard jeunesse, 2019, 315 p.
Gallimard jeunesse, 2019, 315 p.

 

Un an après la mystérieuse mort de Jim, son petit copain, Béatrice n'a toujours pas revu leurs amis. Ils lui cachent quelque chose et la soirée des retrouvailles dérape : un homme étrange leur annonce qu’ils sont coincés au Neverworld et revivront sans cesse la même journée jusqu’à ce qu’ils prennent la décision la plus difficile de leur vie… Mensonges, peurs et sentiments : les masques tombent dans la bande d'amis. Qui sortira vivant du Neverworld ?

 

(4e de couverture)

Mon avis :

Quand une distorsion temporelle permet de résoudre la mort mystérieuse d'un ami.

Parce qu'elle cherche des réponses concernant la fameuse nuit où son petit copain Jim est décédé, Béatrice prend son courage à deux mains et débarque à une soirée où sont réunis ses quatre amis d'autrefois. Mais plus rien n'est comme avant, et le petit groupe soudé n'est plus que mensonges et tensions: "Ces personnes que j'avais aimées et à qui j'avais offert toute ma confiance étaient devenues pour moi de véritables étrangers". Et puis voilà qu'un accident de voiture ouvre une brèche dans l'espace-temps. Les jeunes découvrent avec horreur que la même soirée de retrouvailles se répète à l'infini... jusqu'à ce qu'ils décident de voter, de manière consensuelle, pour celui ou celle d'entre eux qui survivra. A la fin de chaque "veillée", un vieil homme, le Gardien, les rappelle à leur obligation.

 

Toute la première partie tourne autour du processus d'acceptation de cette boucle temporelle, le Neverworld, dans laquelle les héros sont bloqués ("On revit la même journée jour après jour"). J'ai trouvé ces premiers chapitres vaguement ennuyeux, j'avais une impression de déjà lu/vu, même s'ils permettent de faire davantage connaissance avec les personnages. Chacun a sa personnalité: Kipling est l'amuseur, Withley la bimbo sujette à des crises de violence impressionnantes, Martha est une surdouée franchement asociale, Cannon un altruiste hyperactif, et Bee (la narratrice) est vue par les autres comme un modèle de gentillesse ("sœur Bee"). Bien évidemment, on comprendra au fil des pages qu'aucun ne se réduit à ces apparences.

 

Ce n'est qu'au début de la deuxième partie que le groupe admet, enfin!, que le Neverworld est lié à la mort de Jim. Chacun détient un secret et les révélations commencent. Comme les autres, Jim le populaire n'était pas si parfait: c'était "la coqueluche de tout le monde dont chacun souhaitait la mort"... Cependant l'intrigue avance lentement parce que les veillées ne durent que quelques heures et que les adolescents doivent faire plusieurs tentatives avant de parvenir à leur fin. Ainsi certaines scènes se répètent avec de légères variations jusqu'à ce qu'ils trouvent le moyen d'obtenir leur renseignement. C'est un peu long et fastidieux et l'auteur a tendance à s'éparpiller en personnages secondaires, anecdotes et autres détails. Par contre la réflexion sur la structure du Neverworld est intéressante: elle est basée sur le vécu des cinq jeunes (souvenirs, phobies, événement-clé, passion...), ce qui donne des indices ("Neverworld était notre propre reflet").

 

Dans la dernière partie, le groupe, qui maîtrise désormais le fonctionnement du Neverworld, ce "pays des rêves entre la vie et la mort, où le passé, le présent et l'avenir s'entremêlent", prend le risque de voyager au sein de la faille temporelle, bien qu'elle prenne de plus en plus des allures de décor en carton-pâte qui moisit et s'écroule... La fin est bien négociée, même si on se doutait de l'identité du coupable, du survivant, et du fait que personne n'est vraiment innocent dans cette affaire. L'expérience aura bien sûr transformé à jamais l'héroïne, dans sa perception des autres... et de soi.

Patricia Deschamps, mars 2020


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