Le château de Cassandra

roman de Dodie SMITH (1949)

Gallimard jeunesse, 2015, 556 p. (Pôle fiction)
Gallimard jeunesse, 2015, 556 p. (Pôle fiction)

Cassandra ! un prénom romanesque, à l'image du château perdu au fin fond de l'Angleterre où vit la jeune fille et toute sa famille pour le moins excentrique.

 

Un père écrivain qui se refuse à écrire, la merveilleuse Topaz, belle-mère fantasque, Rose, la sœur aînée rêvant au grand amour, sans parler du jeune jardinier, Stephen, qui n'a d'yeux que pour Cassandra. Au fil de ses cahiers, elle relate les événements qui jalonnent leur existence, avec autant de sensibilité que d'ironie.

 

Surgissent alors deux beaux et riches Américains venus s'installer dans le manoir voisin. La vie au château s'en trouve bouleversée...

 

(4e de couverture)

Mon avis :

Je suis tombée sur ce roman de Dodie Smith (l'autrice des 101 dalmatiens) par hasard, car il est souvent associé à l'œuvre de Jane Austen, à laquelle l'héroïne fait d'ailleurs référence (ainsi qu'aux sœurs Brontë). Il est vrai que l'intrigue de départ m'a fait penser à Orgueil et préjugés - faire à tout prix un beau mariage, faute d'argent - mais s'en éloigne ensuite. Ce roman est bien plus qu'une histoire sentimentale, l'univers et l'atmosphère sont différents (il a été écrit en 1949). Il est raconté par une adolescente écrivant un journal intime (même s'il n'en a pas la forme) que l'on va voir évoluer, c'est donc avant tout un récit initiatique.

 

Il y a plusieurs éléments qui m'ont saisie au début. Cassandra et sa famille vivent dans une extrême pauvreté. Certes leur maison est nichée au cœur d'un château, mais celui-ci relève plutôt de la ruine. Ils n'ont strictement aucun revenu et ont dû vendre chaque meuble, chaque décoration, pour se nourrir. Ils continuent de s'éclairer à la bougie, puisent l'eau au puits, s'habillent de vieilles frusques, mangent à peine. Et pourtant Cassandra est "heureuse de ma vie".

 

Il faut dire que sa famille est un brin excentrique, entre la belle-mère, Topaz, autrefois modèle pour peintres à Londres qui continue d'exhiber sa nudité en pleine nature, et son père écrivain qui a connu un énorme succès avec son livre Jacob luttant mais n'a plus rien écrit depuis, et occupe ses journées enfermé dans la salle de garde. Rose, sa sœur aînée, passe son temps à se lamenter sur son sort, pestant "contre la vie et la Terre entière". Et puis il y a Stephen, le fils de leur ancienne domestique, amoureux de Cassandra (sans que ce soit réciproque) et prêt à tout pour elle.

Ainsi, malgré la situation, tout ce petit monde évolue librement dans un univers somme toute créatif. Cassandra a une grande imagination qu'elle partage avec Rose, mais aussi avec miss Blossom (le mannequin de couturière qu'elle s'amuse à faire parler) et Héloïse sa chienne fidèle.

 

Et puis voilà qu'entrent dans leur vie Simon et Neil Cotton, deux jeunes Américains héritiers du château. Il y a un fossé entre le niveau social des deux familles, mais les Cotton apprécient la culture et la compagnie des Mortmain. Rose, qui a toujours aimé le luxe, envisage secrètement un mariage avec Simon. Mais au final, rien n'ira dans le sens que l'on pensait.

 

Ce qu'il y a d'étonnant pour moi avec ce livre, c'est que plus je le lisais, plus je l'appréciais (souvent, c'est le contraire). Je crois que j'ai été déstabilisée au début, et puis je me suis attachée à l'héroïne que j'étais contente de retrouver tous les soirs. Il y a beaucoup de poésie dans le texte, Cassandra nous livre son ressenti entre sensibilité et réflexion. On la sent grandir au fil des événements. Plus le livre avance et plus le rythme accélère, symbole du retour à la vie (sociale) de ces gens isolés.

 

En fait, tous les personnages évoluent plus ou moins. Le père passe de l'extravagance au génie, Rose finit par agir par amour plutôt que par intérêt, quant à Stephen le petit paysan, personne n'aurait soupçonné qu'il finirait comme ça! Même Thomas, le petit frère de Cassandra, se montrera plus mûr.

J'ai apprécié cela aussi, je crois: le fait que les protagonistes fassent des choix auxquels je ne m'attendais pas. J'ai été surprise, dans le bon sens du terme. Et puis contrairement à un roman de Jane Austen, l'histoire ne s'arrête pas sur un mariage, la fin reste ouverte, pleine de projets et de possibilités à venir. C'est cela, je pense, que Cassandra a compris: parfois, quand on rêve très fort, ce qu'on a imaginé se réalise.

Patricia Deschamps, novembre 2021


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