Le cœur des louves

de Stéphane SERVANT

Un jour de colère, à la fin d'un repas, tout explose en elle. Les mots jaillissent, acides d'avoir été retenus si longtemps. Comme l'assiette qui vient de se briser à ses pieds, les mots viennent frapper ses parents. (...) Elle crie si fort qu'elle a le goût du sang dans la bouche. Ensuite elle ne se rappelle que du menton et des yeux de sa mère qui tremblent, pareils à des oiseaux saisis par l'hiver. Et les mains de son père qui s'ouvrent et se ferment sur du vide. Et enfin il y a le silence qui se dépose sur ses épaules et sur son cœur comme un manteau écarlate. Son père s'en va. Il ne reviendra plus jamais. Les volets resteront fermés.

Ed. du Rouergue, 2013, 541 p. (doAdo)
Ed. du Rouergue, 2013, 541 p. (doAdo)

Cet été-là, Célia retourne après des années dans le petit village de son enfance, dans la montagne. Sa grand-mère est morte mais la maison est toujours là, et l'adolescente entreprend de lui redonner vie en attendant que sa mère l'y rejoigne.


Avec celle-ci, célèbre écrivain de mélodrames à la dérive depuis le départ de son mari, Célia espère bien prendre un nouveau départ : peut-être que le calme de la région viendra à bout de la dépression de sa mère et qu'elle réussira enfin à terminer son manuscrit ?


Mais les villageois voient d'un mauvais œil le retour au pays des fille et petite-fille de "la sorcière"... Les ragots vont bon train et les mises en garde également, envers celles que l'on considère comme des étrangères...

Mon avis :

Un peu déçue par ce roman de Stéphane Servant dont j'avais pourtant adoré Guadalquivir. Il se déroule dans l'atmosphère d'un village d'antan - voire hors du temps - entre "la densité des montagnes" et "le silence des pierres" auxquels s'oppose le monde "grotesque et factice" du lycée. L'intrigue, qui peine à démarrer, libère ça et là des bribes d'informations sur l'héroïne dont on comprend qu'elle gère tout chez elle depuis le divorce de ses parents, s'efforçant d'empêcher sa mère de sombrer définitivement. Ce n'est qu'à la page 67 que l'on apprend son prénom, de la bouche de son amie d'enfance Alice, la seule à ne pas la considérer comme une "étrangère". Alice qui comme Célia subit "les errances" de ses parents, en l'occurrence l'ivrognerie de son père.


Alice est celle qui va encourager Célia à se libérer, se libérer du fardeau de sa mère qui tente désespérément de combler la fêlure de son cœur en accumulant les rencontres sans lendemain, et surtout se libérer de la culpabilité de lui avoir révélé les infidélités de son père - cause de leur séparation. Et donc Alice entraîne Célia dans son petit délire nocturne : après l'avoir droguée dans l'intimité de sa grotte, la jeune fille lui fait enfiler une peau de loup sur son corps nu pour courir et chasser sous le clair de lune !.. Et là on hésite entre trouver la scène très onirique et métaphorique - l'auteur ayant tout au long du livre une écriture imagée très riche - et s'écrouler de rire devant le délire de deux camées, d'autant plus que la taille de la typographie danse sur un texte entre poésie et incantation... Bref, on voit Célia peu à peu lâcher son "manteau de silence écarlate" de Petit Chaperon rouge pour enfiler celui plus sauvage et sexy de louve des bois..!

 

Alors bien sûr le comportement des fillettes, dans ce village ancestral où rien n'a jamais changé, où "les gens n'aiment pas qu'on suive une autre route que celle qui a été tracée par les anciens", fait écho à celui de leurs aïeuls avant elles. La grand-mère de Tina notamment connaissait parfaitement les plantes dont elle se servait à la fois pour cuisiner et pour soigner, art qu'elle a transmis au frère d'Alice, Andréas, lui-même devenu fabricant artisanal de papier (et rouleur de joints, c'est pratique quand on est son propre fournisseur d'herbes et de feuilles). La vieille femme, considérée comme la "sorcière" du village était à la fois admirée et crainte, pour tous ces secrets qu'elle connaissait sur ces hommes et ces femmes qui venaient la consulter... Célia va en déterrer quelques-uns, car sa famille et celle d'Alice se sont croisées plusieurs fois au fil des générations... Le récit est d'ailleurs entrecoupé de sauts dans le temps qui nous projettent dans le quotidien de la fameuse Tina, à une époque où un mystérieux assassin (un loup ? un homme ?) tuait sauvagement des fillettes...

 

Toute cette immersion dans le passé fait comprendre à Célia qu'ici dans la montagne "les gens n'oublient jamais" et pardonnent encore moins... Que les actes des anciens pèsent sur les générations suivantes... Et aussi que "les bêtes les plus terrifiantes ne viennent pas la nuit. Elles n'ont ni griffes ni crocs. Elles vont sur deux jambes et elles ont tout de l'apparence d'un homme." Tout cela ne peut qu'engendrer la haine et la folie... Un roman initiatique à l'idée originale mais qui souffre trop de longueurs. Et les va-et-vient entre présent et passé avec des récits s’enchâssant les uns dans les autres, augmentant en fréquence et en durée plus on avance dans l'histoire, finissent par lasser.

Janvier 2015

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