La sixième

roman de Susie MORGENSTERN

Si c'est ça la sixième, ils peuvent se la garder.

 

L'Ecole des loisirs, 2019, 136 p. (Neuf poche)
L'Ecole des loisirs, 2019, 136 p. (Neuf poche)

C'est officiel. Margot est admise en sixième au collège du Parc des Grands Pins. Enfin elle entre dans la cour des grands!
Mais avant tout, les préparatifs : se procurer le carnet de correspondance, faire des photos d'identité, et surtout décider de la tenue qu'elle portera pour le premier jour. Sa sœur aînée est catégorique : jean, et surtout pas de cartable!
Le jour tant redouté arrive. Tout le monde a un cartable et quasi toutes les filles sont habillées en jupe! Une déconvenue qui n'empêchera pas Margot de se présenter aux élections des délégués de classe. Car elle rêve d'être populaire...

 

(4e de couverture)

Mon avis :

Quand j'ai vu que ce classique de la littérature jeunesse, paru pour la première fois en 1984, était réédité, j'ai eu envie de le relire, curieuse de voir s'il me plairait autant... ainsi qu'à mes 6e! Certes certains détails font datés (les sciences naturelles et l'EMT, les cabines téléphoniques et les francs, le collège appelé CES...) mais j'ai trouvé le roman très drôle et l'écriture de qualité (moins oralisée que maintenant).

 

Ce qui est drôle, et en même temps attendrissant, c'est l'implication de la petite Margot dans cette année scolaire capitale ("C'était l'affaire de sa vie"). Elle a de nombreuses interrogations et inquiétudes, ce qui est normal, mais aussi une forte tendance à l'exagération: elle se tracasse pour des choses mineures et même se noie dans des angoisses inutiles (comme choisir un poème : "Aucun ne faisait son affaire" parmi les dizaines qu'elle trouve!). Face à "toutes ces peines, ces souffrances et ces misères" (!), sa mère répond de manière imperturbable, dans un beau comique de répétition: "Tu survivras!". Et elle a raison puisque "après les vacances de Noël, Margot était entièrement rodée, et endurcie".

 

Par ailleurs, ce roman regorge de caricatures de profs et d'élèves, ainsi que de situations cocasses. Le système de notation du prof de français, par exemple, est bien étrange ("J'ai cinq réponses justes donc j'ai zéro"). Margot rédigera elle-même un bulletin de notes pour ses enseignants, avec des appréciations savoureuses ("maniaque", "fait beaucoup écrire", "pas assez mûre", "folle", "fait des efforts", "beaucoup de volonté"). Son enthousiasme à jouer son rôle de déléguée révèle le manque d'investissement de ses camarades ("Elle ne s'attendait pas à des réactions aussi hostiles à son sacrifice de temps et d'argent").

 

En fait, Margot, si curieuse et soucieuse de bien faire à son entrée au collège, termine sa sixième un peu désabusée... Et en cela le roman est très réaliste: "Il n'y a pas que des bons côtés à l'école". Dans "la sixième de mes rêves", la fillette imaginait moins de punitions, de compétition, d'ennui. Elle espérait des programmes plus intéressants, des professeurs plus humains. C'est un peu triste de voir qu'une si bonne élève puisse perdre son enthousiasme ("L'école l'emballait de moins en moins") à cause d'un système défaillant ("On a besoin de la réforme")...

 

La métaphore finale est à la fois belle et juste: on voit les feuilles de classeur s'envoler, tout comme les connaissances de l'année vont s'évaporer des jeunes têtes durant l'été!.. Ainsi, nul doute que 35 ans après sa sortie, ce roman "parle encore à de nombreux lecteurs"!

Patricia Deschamps, octobre 2021

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