La rue qui nous sépare

roman de Célia SAMBA

Hachette, 2021, 393 p.
Hachette, 2021, 393 p.

 

Noémia a dix-neuf ans, Tristan vingt et un. Ils se croisent tous les jours, ils se plaisent, c’est évident. Mais Noémia est étudiante et Tristan est sans-abri. Entre eux, il y a le froid, la société; entre eux, il y a la rue… qui pourrait se révéler difficile à traverser.

 

(4e de couverture)

Mon avis :

Un roman qui dénonce les préjugés liés aux sans abris par le biais d'une intrigue sentimentale.

Comment Tristan, 21 ans, "en était-il arrivé là", à vivre dans la rue? C'est ce que se demande Noémia lorsqu'elle passe chaque jour devant le jeune homme en rentrant des cours. Le point de vue alterne entre les deux protagonistes, ce qui permet d'avoir un aperçu complémentaire d'une même situation. D'un côté l'étudiante, comme une majorité d'entre nous, oscille entre pitié et indifférence, hésite à aborder cet inconnu qui mendie, aimerait pourtant faire quelque chose pour lui. De l'autre, le SDF livre le mélange de honte, de tristesse, de dégoût et de peur qui l'habite, "incapable de crier au monde la souffrance, la misère et la précarité qui l'enchaînaient", "se contentant d'attendre qu'on le remarque".

 

Non seulement Mia fait le premier pas, mais elle tombe amoureuse de ce garçon si cultivé et drôle derrière la misère affichée. Elle-même est meurtrie par "les horreurs subies au collège", ce qui explique en partie sa sensibilité à la détresse de Tristan. On regarde ces deux-là se dévoiler, s'apprivoiser peu à peu. Mais si Mia est une "âme noble", rien n'est simple pour Tristan, "fatigué de cette vie où il devait lutter tous les jours" et de "cette société pourrie jusqu'à la moelle". Trouvera-t-il la force de réintégrer une vie normale?

 

Le roman propose deux fins différentes ("Vous pouvez choisir de poursuivre votre lecture et ainsi connaître le destin le plus probable de Mia et Tristan... Ou préférer croire aux anges gardiens et vous rendre directement au chapitre 39"), ce qui est un peu surprenant et surtout, je trouve, très lâche de la part de l'auteur, comme si elle n'avait pas su se décider (et en même temps, cela nous met dans la position de celui qui hésite à intervenir alors que sa décision pourrait tout changer).

J'ai lu jusqu'au bout, mais certains passages m'ont semblé trop longs, notamment ceux autour de Valentin (et de sa soeur Joana, les cousins colocataires de Mia): il était un peu tard, selon moi, pour développer la psychologie de ces personnages. Cela donne une impression de remplissage, même si on découvre "un garçon plus complexe et sensible qu'il ne l'aurait cru" et que son rôle est primordial dans l'issue finale. Reste néanmoins le message de solidarité et d'amour, très fort et très positif, qui est passé aux lecteurs·trices, et ça, cela n'a pas de prix.

 

Patricia Deschamps, juin 2022


Retrouvez Takalirsa sur Facebook, Twitter, Babelio, Instagram et Youtube

Sur Netflix

N'oublions pas les classiques !