La révolte ou la paix

roman de Malorie BLACKMAN

- C'était juste une histoire, maman, ai-je murmuré tristement.

Rageot, 2018, 105 p. (Flash fiction)
Rageot, 2018, 105 p. (Flash fiction)

 

Dans la société où vit Mikela, la seule règle qui vaille est celle de la paix... à tout prix. Personne, jamais, n’est en colère, fâché, triste, encore moins furieux ou désespéré. L’agressivité est proscrite et les autres émotions éteintes.

 

Quand le vaisseau spatial que dirige sa mère est attaqué et menacé de destruction totale, Mikela comprend que la population ne se défendra pas. Alors, la jeune fille décide de se battre. Même si c’est interdit. Car il faut bien savoir se révolter. Non ?

 

(4e de couverture)

Mon avis :

Plusieurs pistes de réflexion intéressantes dans ce petit roman adapté aux dys.

A bord du vaisseau spatial où vit Mikela, la violence est rejetée sous toutes ses formes... y compris dans les histoires où les héros se battent! Ainsi, "des livres et des films qui avaient été autrefois des classiques étaient désormais interdits", comme L'Île au trésor... Pire, chacun est équipé d'un "Pacificateur" afin "d'adoucir le caractère" et "la liste des comportements considérés comme des signes d'agressivité" s'allonge de jour en jour... Voilà qui ressemble fort à une atteinte à la liberté individuelle!

 

La jeune Mikela est bien placée pour le savoir: elle reçoit régulièrement des blâmes, notamment pour les histoires qu'elle écrit. Punie pour aimer lire et écrire, quelle aberration! Est-ce qu'en appréciant les scènes de combat, on devient soi-même violent?

Cependant le vrai problème ne serait-il pas que sa mère est le commandant du vaisseau et que chaque incartade de sa fille met à mal sa crédibilité ("Tu t'obstines à me ridiculiser devant mes collègues")? La relation entre la mère et la fille est également cruciale dans l'intrigue. Mikela culpabilise ("Je n'arrêtais pas de la décevoir") mais peut-on lutter contre sa nature profonde? L'adolescente a un caractère rebelle et en même temps, elle souffre que sa mère soit accaparée par sa fonction ("Le fait d'être ma mère n'arrivait que très loin dans la liste de ses priorités").

 

C'est certainement ce qui la décide à défier Flack-Tor l'extraterrestre guerrier. A travers un épisode final à l'issue complètement inattendue, Mikela fait acte d'un courage n'ayant rien à voir avec de la violence gratuite: "Tu as montré que tu étais prête à te battre pour défendre tes convictions, quel qu'en soit le prix pour toi". Par contre j'ai trouvé dommage que le récit s'arrête de manière aussi abrupte: comment son acte a-t-il été perçu par sa mère et les siens? Certes l'essentiel est d'être fier de soi, mais la réflexion amorcée aurait méritée d'être poussée davantage selon moi.

Septembre 2019


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