La nuit des temps

de René BARJAVEL

L'auteur

René Barjavel, né le 24 janvier 1911 à Nyons (Drôme) et mort le 24 novembre 1985 à Paris, est un écrivain et journaliste français principalement connu pour ses romans d'anticipation : Ravage (1943), La nuit des temps (1968), Le grand secret (1973), etc.

À l'époque où il publie ses deux premiers romans, Barjavel fait figure de précurseur dans le désert qu'est alors la science-fiction française. La science-fiction américaine ne débarquera en effet massivement qu'après 1945, et encore faudra-t-il de longues années avant que des noms comme Isaac Asimov, A.E. van Vogt, ou même H.P. Lovecraft soient connus de plus que quelques amateurs.

 

Source : Wikipedia

♦ L’œuvre

La Nuit des temps, publié en 1968, était initialement le scénario d'un film prévu par le réalisateur André Cayatte, à très grand budget, et qui pour cette raison ne fut pas tourné. Mais une fois le roman paru, Barjavel ne croit pas à ses chances de succès. Lorsque son amie l'astrologue Olenka de Veer lui prédit qu'il sera plus grand encore que pour Ravage, il est dubitatif. Le succès viendra pourtant. La Nuit des temps obtient en 1969 le Prix des Libraires et restera dès lors le roman le plus vendu de Barjavel avec Ravage. Agréablement étonné, celui-ci relance sa carrière d'écrivain, enchaînant avec Le Grand Secret (qui obtiendra le Prix des Maisons de la Presse).

Source : Barjaweb

Dans notre isolement de glace, nous avions oublié

les haines misérables et stupides du monde.

Base française Paul-Emile Victor, en Antarctique. Lors d'une expédition polaire de routine, l'équipe détecte un signal sous la glace. Les appareils qui sondent le sous-sol sont formels : il y a là-dessous les ruines d'une civilisation... datant de 900 000 ans !

 

Pourtant, il y a 900 000 ans, l'homme était encore au stade d'Australopithèque ! s'étonnent les scientifiques. Mais plus les membres de la coopération internationale creusent, plus les faits se confirment : la sphère (en or !) enfouie sous la glace recèle des trésors de technologie... qu'on ne maîtrise toujours pas à l'heure actuelle !

 

Et endormis depuis tout ce temps dans la sphère : un homme et une femme, gardiens des secrets de cette civilisation incroyable...

Mon avis :

Un roman plus mélodramatique que dans mon souvenir.

Les extraits de journal du Dr Simon, insérés dans le récit, l'annoncent d'emblée : ce livre est avant tout une histoire d'amour. Dommage que le coup de foudre du médecin pour Eléa, la femme en hibernation, soit aussi peu crédible (dès le premier regard, alors qu'elle est encore endormie, un masque sur le visage, mais oh ! entièrement nue...), et que l'auteur nous crédite d'autant de descriptions sirupeuses ("les pentes de ses hanches étaient comme celles de la dune la plus aimée du vent de sable qui a mis un siècle à la construire de sa caresse", "sa beauté spirituelle, presque surnaturelle" alors qu'elle est mourante, etc.). Il en va de même pour le parfait amour fusionnel qu'Eléa vit (depuis l'âge de sept ans !) avec Païkan : je ne me souvenais pas que ce fut aussi exagérément romanesque voire franchement niais (même s'il est vrai que j'étais beaucoup plus jeune à la première lecture). De plus, ce style pseudo poétique s'étend de temps à autre au reste du texte, comme par exemple lorsque la scientifique russe (Léonova) compare la sphère en or à une graine qui "devait germer. La perforatrice télescopique, c'est la tige qui devait se développer et percer son chemin jusqu'à la lumière" etc. Le début m'a donc semblé un peu longuet.

Car ce qui est réellement fascinant dans ce roman, c'est la civilisation dont est issu le couple en hibernation : Gondawa. Une civilisation tellement avancée technologiquement que c'est un vrai casse-tête pour l'équipe scientifique d'atteindre ce qui émet le signal. Puis, à travers la découverte du contenu de la sphère (objets, matériaux, récits), on va de curiosité en surprise : le zéro absolu, l'énergie universelle, le sérum de jouvence... L'imagination de l'auteur est sans limite et très novatrice (tout au moins pour l'époque). Plus le roman avance, plus le récit présent s'estompe face l'immersion dans le quotidien de ce peuple si avancé, et plus il devient captivant.

D'autre part, ces innovations sont l'occasion d'avancer quelques pistes de réflexion. L'équipe de scientifiques, mue par sa soif de connaissances, réussit à mettre en place une coopération internationale réjouissante, mettant en commun cerveaux et machines les plus aguerris. L'exemple le plus marquant est celui de la Traductrice, programme ultra sophistiqué en 17 langues qui permet à cette équipe hétéroclite de communiquer, et même de déchiffrer la langue gonda. Malheureusement, les intérêts politico-économiques refont vite surface lorsque l'on se rend compte de la valeur marchande des découvertes réalisées... D'autant plus que certaines pourraient mettre fin à la famine et la pauvreté... et donc aux commerces et aux monopoles. Au final, Coban, éminent scientifique de ce peuple gonda et détenteur du savoir absolu dont il est l'origine, représente autant un pouvoir qu'un danger pour les nations actuelles! Pour autant il n'aura pas su éviter, au sein même de son peuple, les laissés-pour-compte, ni l'éternel fléau de l'humanité : la guerre...

Je me souvenais bien sûr de la fin, aussi surprenante qu'insoupçonnable à la première lecture, et qui, à elle seule, vaut la peine de lire ce livre ! Une fin atroce qui laisse un arrière-goût amer : celui des amants maudits, et surtout, de la bêtise humaine... Mon plaisir de lecture n'aura pas été aussi fort que la première fois, mais La nuit des temps reste un incontournable à lire !

Février 2016

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