La ferme des animaux

roman de George ORWELL (1903-1950)

Gallimard, 1984, 150 p. (Folio)
Gallimard, 1984, 150 p. (Folio)

Dans une ferme d'Angleterre, tous les animaux sont convoqués pour une réunion secrète par Sage l'Ancien, le plus âgé des cochons. Selon lui, l'heure de la révolution a bientôt sonné. L'homme exploite les animaux dans des conditions abominables et garde pour lui la totalité du fruit de leur travail. Il est donc urgent de se débarrasser de lui et de mettre en place une nouvelle société.

 

Sage l'Ancien meurt quelques jours plus tard mais ses idées révolutionnaires vont lui survivre et bientôt la révolte gronde et les animaux parviennent à chasser Mr Jones le propriétaire de la Ferme du Manoir, vite rebaptisée « La Ferme des animaux ». Les cochons Napoléon et Boule-De-Neige sont nommés dirigeants et un système appelé « Animalisme » est installé pour régir la nouvelle vie à la Ferme. Il s'organise autour de sept commandements : « Tout deux-pattes est un ennemi. Tout quatre-pattes ou volatile est un ami. Nul animal ne portera de vêtements. Nul animal ne dormira dans un lit. Nul animal ne boira d'alcool. Nul animal ne tuera un autre animal. Tous les animaux sont égaux ».

Mais petit à petit, le beau rêve révolutionnaire des animaux va se transformer en cauchemar pour les plus faibles d'entre eux...

L'avis de Fabien, bibliothécaire :

Ecouter l'album de Pink Floyd ♪ Animals ♫ inspiré par le roman
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Parue en 1945 (soit quatre ans avant le fameux 1984), cette fable animalière est à l'origine une satire de la révolution russe mais au-delà de ce postulat de départ elle reste l'une des plus implacables dénonciations du totalitarisme sous toutes ses formes. 

Au contact du pouvoir, Napoléon et Boule-de-Neige vont rapidement se transformer en tyrans et user de leur intelligence supérieure pour asservir les autres animaux. Napoléon va même aller jusqu' à chasser son rival pour demeurer le seul et unique chef. Ses manœuvres se heurtent aux Commandements de l'Animalisme ? Il va subtilement les modifier ( « nul animal ne tuera un autre animal » devenant par exemple « nul animal ne tuera un autre animal sans raison valable ») en jurant aux autres animaux que leur mémoire est défaillante. Propagande, manipulations des masses, exploitation, privilèges réservés à l'élite des dirigeants... un nouveau dictateur va finalement remplacer l'ancien et le bel idéal révolutionnaire va bientôt ne plus être qu'un vague souvenir pour les animaux de nouveau opprimés.

Grâce au style dénué de toute lourdeur d'Orwell et à la force de son message, ce chef d'oeuvre est passé à la postérité et sa lecture, voire sa relecture, est indispensable.

Mai 2017

 

Mon avis : 

L'homme est la seule créature qui consomme sans produire.

Hatier, 2021, 191 p. (Classiques & Cie. Collège)
Hatier, 2021, 191 p. (Classiques & Cie. Collège)

Je profite d'avoir reçu un spécimen au CDI pour découvrir à mon tour cet incontournable de George Orwell. La forme de la fable animalière m'a semblé plus accessible que 1984. On y voit bien comment le mécanisme de la dictature se met progressivement et insidieusement en place.

 

La révolte des animaux est somme toute légitime ("La vie de l'animal n'est que misère et servitude") et leur solidarité efficace dans un premier temps ("Personne ne détournait la nourriture, personne ne se plaignait"), même s'il est dommage que, dès le départ, les bêtes aient cherché à reproduire le fonctionnement humain (planifier le travail, monter des associations, apprendre à lire...) alors qu'elles rejettent l'influence des hommes. Les animaux auraient été bien plus heureux à retrouver leur état sauvage naturel! 

 

On comprend d'emblée que les intelligents cochons vont manipuler, plus ou moins facilement, les autres animaux, s'octroyant divers privilèges (ils ne travaillent pas mais "supervisent étant donné leurs connaissances supérieures", se réservent certains aliments, des rations supplémentaires, etc.). Ils manipulent les autres espèces grâce à leur éloquence ("Cafteur fit le tour de la ferme pour calmer les esprits"), trouvant toujours les arguments qui feront mouche ("C'est dans votre intérêt") et reformulant leurs sept commandements à leur guise ("Pour une raison ou pour une autre, ces trois derniers mots s'étaient effacés de la mémoire des animaux"). Pour moi deux personnages se distinguent: Mollie la jument jugée superficielle, qui refuse le nouveau système et assume sa préférence de vivre avec les humains (la suite lui donnera raison); et Benjamin l'âne, "le seul qui ne prit jamais parti", prouvant par cette attitude qu'il n'est pas dupe (mais il est trop lâche pour intervenir). Boxeur le cheval de trait est désolant de servitude et d'aveuglement ("Si le camarade Napoléon le dit, c'est que ça doit être vrai!"), travaillant jusqu'à l'épuisement sans que cela change quoi que ce soit (et cautionnant le système).

 

L'un des passages qui m'a le plus marquée est celui où le cochon Napoléon siffle pour la première fois ses molosses ("Il s'agissait des chiots qu'il avait soustraits à leurs mères pour les élever en secret") afin de chasser son rival Boule de Neige: cet épisode marque la fin des discussions et la prise officielle du pouvoir par la force ("La bravoure ne suffit pas. L'obéissance et la loyauté sont plus importantes").

Les premières exécutions des rebelles sont également choquantes ("Ils avaient autrefois assisté à des scènes de carnage aussi horribles mais il leur semblait que c'était pire, maintenant qu'elles se produisaient entre eux"). Mais ce qui m'a effarée, c'est la scène où les cochons se pavanent sur leurs deux pattes arrière: c'est à la fois déstabilisant et ridicule! Au lieu de s'affranchir du joug des hommes, Napoléon et sa clique ne trouvent pas mieux que de copier leurs travers (la richesse et la suprématie), ce qui, au bout du compte, ne rendra pas les animaux de la ferme plus heureux ("Ils avaient l'impression de travailler plus dur et d'être moins bien nourris qu'au temps de Jones"), bien au contraire...

 

Patricia Deschamps, décembre 2021

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