La différence invisible

scénario de Julie DACHEZ, dessin de Mademoiselle Caroline

Le syndrome d'Asperger est une forme d'autisme caractérisée par des difficultés dans l'interaction et la communication et des intérêts spécifiques.

Delcourt, 2016, 196 p. (Mirages)
Delcourt, 2016, 196 p. (Mirages)

Marguerite a 27 ans et à première vue, rien ne la distingue des autres. Elle est jolie, vive et intelligente. Elle travaille dans une grande entreprise et vit en couple. Pourtant, elle est différente et lutte chaque jour pour préserver les apparences.

 

Lassée de se sentir en permanence décalée, elle décide un jour de partir à la rencontre d’elle-même et va découvrir qu’elle est autiste Asperger. Sa vie va s’en trouver profondément modifiée.

 

(4e de couverture)

Mon avis :

Un témoignage précieux sur un trouble neurobiologique que "les gens ne comprennent pas parce que cela ne se voit pas sur le visage".

Dans la première partie, on découvre ce qui caractérise un autiste Asperger. Marguerite est hypersensible au bruit, comme en témoignent ces touches de rouge dans les grandes vignettes en noir et blanc représentant la routine de son quotidien. Un rouge qui devient de plus en plus présent au fil des planches jusqu'à les envahir toutes entières quand la jeune femme atteint son seuil de tolérance. Car pour elle les agressions sont constantes dans la journée : aux bruits s'ajoutent les odeurs et les mouvements, les conversations qu'elle juge inutiles mais qu'on veut lui imposer, les imprévus qu'elle ne supporte pas... Or Marguerite a besoin de rituels, de calme et de solitude pour son bien-être personnel. Son employeur, ses collègues, son fiancé, ses amis, tous veulent qu'elle s'efforce de "s'intégrer un peu plus", la considérant comme une asociale et une "no life". Mais Marguerite a du mal à saisir l'implicite et le double sens dans une conversation et elle ne peut pas mentir, ce qui la met souvent dans une position gênante. Stressée et anxieuse, elle vit ses émotions "de façon TRÈS intense" qui peuvent mener à des crises de panique. Elle fait du mieux qu'elle peut pour "par imitation, m'adapter. Mais sans grand succès". Et beaucoup de fatigue.

lire les premières pages sur le site de l'éditeur
lire les premières pages sur le site de l'éditeur

Alors Marguerite décide de se prendre en main en entamant des recherches et des démarches. Comme dans Tombé dans l'oreille d'un sourd, il est exaspérant de voir combien de prétendus spécialistes prennent son cas à la légère. C'est pendant cette période qu'apparaît le personnage de Caroline, la libraire dessinatrice co-auteur de cette bande dessinée, sous forme de touches de jaune lumière. De fil en aiguille, Marguerite met un mot sur sa différence et c'est là que les couleurs commencent à se répandre dans l'album, symbolisant ce soulagement que la jeune femme ressent enfin après tant de souffrance : "C'est normal que je sois "anormale", "C'est comme si j'avais le droit d'être qui je suis".

 

Mise en contact avec d'autres "aspies" (personnes atteintes du syndrome d'Asperger), Marguerite comprend que "je ne suis pas folle" et surtout "je me sens moins seule". Fini de "passer ma vie à essayer de rentrer dans le moule à tout prix", elle va désormais s'écouter un peu plus, s'accepter : "Ses difficultés demeurent les mêmes, mais c'est sa façon de les percevoir qui a tout changé." Malheureusement il reste encore une étape essentielle : combattre les préjugés... Entre ceux qui se moquent d'elle ("- J'ai été diagnostiquée avec le syndrome d'Asperger. - HA HA HA HA ! N'importe quoi !"), ceux qui pensent qu'elle se cherche des excuses ("Toi, autiste ? Mais enfin, pourquoi tu t'inventes toujours des problèmes ?"), et son employeur qui refuse d'aménager son poste de travail malgré sa reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé ("C'est à vous de vous adapter"), Marguerite va devoir procéder à ses propres aménagements de vie... et c'est sur une belle scène multicolore pleine d'espoir qu'on la quitte.

Patricia Deschamps, février 2018

héroïne "aspie"
héroïne "aspie"

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