L'âge du fond des verres

roman de Claire CASTILLON

On est bien et c'est ce qui compte, non ?

Gallimard jeunesse, 2021, 163 p.
Gallimard jeunesse, 2021, 163 p.

 

"Avant, la seule chose qui comptait, en âge, c'était celui du fond des verres. Et plus on était vieux, plus on était joyeux. Avant, je n'avais pas remarqué que mes parents étaient deux vieillards. Avant, mes copines m'enviaient parce que chez moi on avait le droit de jouer des maracas, de se déguiser avec les affaires de ma mère...

 

Mais maintenant, ce n'est plus comme avant. Je n'ai plus tellement envie de montrer mes parents. Tout a changé depuis que je suis en sixième."

 

(4e de couverture)

Mon avis :

Au début j'ai trouvé l'intrigue un peu maigre mais en réalité ce roman soulève un vrai problème: celui des règles auxquelles il faut se conformer pour s'intégrer, au risque de perdre son authenticité.

Avec le passage au collège, les enfants sont brutalement plongés dans le monde des grands ("En 6e, on ne joue plus") avec ses principes obscures qu'il faut assimiler (s'assoir sur le dossier des bancs, suivre les garçons mais sans leur parler, etc.). Avec son amie Cléa, très au fait de tout cela ("On marche sur des œufs avec ce qu'il faut faire ou pas"), Guilène "découvre un autre monde"! Et elle se sent en décalage avec ses camarades, du fait de l'âge plus avancé de ses parents (sa mère a 56 ans et son père bientôt 71) qui ont des habitudes de vie (et donc une éducation) différentes de celle des autres parents.

 

Les parents de Guilène ne sont pas très modernes dans leur façon de s'habiller ("Le père de Cassandre, on dirait un acteur américain"), ils ne mangent ni diététique ni bio comme la mère de Cléa, ne se déplacent pas en roller ou trottinette électrique, ils n'ont même pas de téléphone portable et le soir, pas d'écran mais jeux de société en famille. Alors Guilène commence à avoir honte d'eux, elle subit les remarques désobligeantes de certain·es ("Leurs sales regards à tous sur mes parents"), que Cléa se fait un malin plaisir de lui répéter ("Pourquoi me l'a-t-elle dit?").

 

Cependant dans les faits, les choses sont plus subtiles qu'en apparence. Guilène est tiraillée entre l'image que les autres lui renvoient de ses parents et ce qu'elle ressent pour eux ("Je suis coupée en deux"). Ensemble, ils ont "des moments forts" car son père et sa mère passent du temps avec elle, ils sont compréhensifs et aimants, à l'écoute ("Quand je suis seule, je n'éprouve aucune honte, je les adore.").

En parallèle, la jeune fille réalise que derrière leur apparence plus classe, plus stylée, plus jeune, les parents de ses camarades cachent bien des souffrances, à l'image d'Azumi, la mère de Cléa, qui d'ailleurs "n'en pouvait plus de l'ambiance pourrie" régnant chez elle.

 

Ainsi, avec leurs 10-20 ans de plus, les parents de Guilène "savent des choses que les autres parents n'ont pas encore eu le temps de comprendre". Ils savent quelles sont les valeurs essentielles dans la vie, se montrent "bien plus généreux et bien moins coincés que tous les autres parents". Réconciliée avec elle-même, l'adolescente fera réaliser à tous que "ses parents sont super" car ils lui offrent au quotidien le plus beau des cadeaux: l'Amour.

Patricia Deschamps, mai 2021


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