Isis, 1.60m, 13 ans, 82 kilos

de Sophie RIGAL-GOULARD

Comment parler de soi à son père quand on ne l'a jamais connu ?

Rageot, 2018, 153 p. ISBN 978-2-7002-5750-2
Rageot, 2018, 153 p. ISBN 978-2-7002-5750-2

 

Isis a décidé d’écrire à son père. Elle ne le connaît pas mais a réussi à obtenir son adresse. Elle veut lui confier qui elle est aujourd’hui.

 

Car si Isis est le prénom d’une reine, ses surnoms au collège sont lourds à porter : Fat Girl, la Baleine, Big Isis. Isis a en effet trente kilos en trop.

 

Mais peu à peu, l'écriture des lettres, Malika son amie et un club de théâtre vont changer sa façon de se voir et de se montrer.

 

(texte : mollymon pour Babelio)

Mon avis :

Les lettres touchantes d'une adolescente mal dans sa peau.

Complexée par ses trente kilos en trop, harcelée par les plaisanteries douteuses de Youri sur son poids, étouffée par une mère obnubilée par le régime ("Elle ne supportait pas d'être la mère d'une grosse"), Isis est murée dans le silence et l'isolement. Jusqu'au jour où elle tourne ses espoirs vers la seule personne qui (selon elle) lui reste : ce père inconnu qui n'a "même pas attendu que je sois née pour s'enfuir" d'après sa mère.

 

Au fil de ses lettres, Isis se dévoile peu à peu. Sa souffrance, son manque d'amour ou tout simplement d'attention, et "la nourriture comme compensation". Obnubilée par son surpoids, "je tourne en rond et j'en reviens toujours au même point". Si sa mère l'aide à traquer les kilos avec d'improbables régimes et la pression de son compagnon du moment (un "Monsieur Muscles" adepte des salles de sport...), on sent bien qu'il n'existe aucune complicité entre elles : voir les chiffres sur la balance diminuer, "voilà à quoi se résument les espoirs que maman placent en moi." Heureusement il y a Salomé "mon double, mon oxygène" et depuis peu Malika, une camarade de classe spécialisée dans "la défense des opprimés".

 

Mais voilà : "Je ne peux pas fuir mon image toute ma vie." et Isis a entrepris de changer les choses, de ne plus subir. Si "t'envoyer des lettres m'aide à aller mieux", on ne peut pas dire qu'il y ait beaucoup de répondant en face... Les courriers de son père se font rares et laconiques : "Je ne pourrai pas rattraper le temps perdu", "Je n'ai jamais été un père pour toi et je ne me vois pas commencer maintenant"... Malgré cette distance que Ludovic maintient entre eux, Isis continue d'écrire parce que les mots lui permettent d'exprimer enfin ses émotions, tout comme le théâtre lui apporte un peu plus de confiance en elle. Cette passion, qu'elle partage avec son père chef éclairagiste et vers laquelle elle est poussée par sa prof de français, lui permet de mieux affronter ses peurs et ses doutes. Elle va en effet s'épanouir dans le rôle de Chimène, l'héroïne du Cid de Corneille : "La pièce m'apporte beaucoup".

 

Ainsi, même si son père ne vient toujours pas la chercher, même si les kilos ne fondent pas, la jeune fille sent bien que "c'est mon caractère qui est en train d'évoluer". Au collège, elle va prouver que "ils peuvent atteindre mon cœur mais mon esprit est plus fort". A la maison, les tensions s'apaisent avec sa mère et le dialogue se noue. Rien de miraculeux, mais "un "c'est possible" flotte dans l'air et ça électrise". Et alors que l'on pense voir l'intrigue se terminer doucement, une surprise finale surgit ! Isis comprend que si "dans la vie, on ne choisit pas toujours son parcours", "le plus important est ce que je choisis d'être". Et l'on quitte, réjoui, "une nouvelle Isis prête à démarrer une nouvelle vie".

Janvier 2018



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