Fanny Cloutier

roman de Stéphanie LAPOINTE

1. L'année où j'ai failli rater ma vie

Kennes éditions, 2019, 376 p.
Kennes éditions, 2019, 376 p.

 

"J'ai souvent entendu dire que la chose la plus difficile dans la vie c'est de commencer quelque chose. Alors 3-2-1 : GO ! Je m'appelle Fanny Cloutier, j'ai quatorze ans, presque quinze. Les deux choses que je sais faire le mieux dans la vie, c'est dessiner dans mon journal intime ou bien subir les décisions excentriques de mon père. D'ailleurs, il doit bientôt se rendre à l'étranger pour tenter de développer une invention personnelle. Et moi, je vais devoir aller chez ma tante, Lorette. Comment je vais faire pour m'intégrer à cette famille et à une nouvelle école ? Aucune idée !"

 

 (4e de couverture)

L'avis de Catherine :

A la réception de ce livre, j'ai été agréablement surprise par le format et l'originalité de la mise en page : une couverture rigide, des pages multi-colorées et hyper illustrées, des collages, des polices d'écriture variées, et malgré tout beaucoup de texte à lire en 370 pages grand format. Rien que pour ça il vaut bien son prix !

Puis j'ai commencé la lecture et j'ai « rencontré » le personnage, Fanny Cloutier. Jeune fille québécoise de presque 15 ans, orpheline de mère depuis ses 3 ans, qui vit avec son père, inventeur passionné. Fanny commence son journal le jour où son père lui annonce qu'il part pour « un bout de temps » et qu'elle doit partir habiter à 300 km de Montréal dans la famille de sa tante maternelle dont elle ignorait l'existence.

 

Nous lisons donc son journal de août à janvier, ses peines, ses angoisses, ses questionnements, sa solitude. Fanny a un caractère emporté : elle agit avant de réfléchir ce qui peut lui jouer des tours. Et dans cette situation critique pour elle où elle se sent abandonnée et seule au monde, les situations deviennent cocasses voire grotesques ! Alors elle confie tout (surtout le négatif) à son journal. Elle aime dessiner, donc elle décore les pages, annote le texte, y colle des bouts de papier. On y trouve même sa punition du premier jour de classe : une phrase recopiée 250 fois! 

C'est là que je trouve un petit défaut à l'ensemble : nous ne sommes pas uniquement au cœur de son journal. Parfois j'ai plutôt eu l'impression d'être dans un récit à la première personne : en effet la punition a été donnée au professeur, comment peut-elle se retrouver encore dans le journal intime ? De même que les dialogues rapportés… L'auteure, Stéphanie Lapointe, n'a pas su s'en tenir simplement au journal et la forme reste confuse. Cela étant dit, le style enjoué, les bons mots, l'humour et une intrigue pleine de mystère font vite oublier ce mini défaut !

 

En effet l'intrigue est fort intéressante et m'a tenue en haleine : Fanny découvre que son père n'a eu de cesse de lui mentir, de lui cacher l'existence d'une famille et de la meilleure amie de sa mère, de souvenirs d'elle, de photos. Fanny a grandi avec une seule photo de sa mère et elle en découvre un plein album ! Cependant dès qu'elle pose des questions, personne ne souhaite évoquer le passé et les circonstances de la mort de sa mère. Elle va donc « creuser » pour tenter de déceler la vérité, aidée par deux alliés inattendus.

Stéphanie Lapointe nous offre là un récit dense, fort en émotions, prenant ! Et pour ne rien gâcher, il y a une suite (même si l'on peut le lire seul).

Juillet 2019

 

Mon avis :

C'est vraiment un très beau livre, très coloré, avec une réelle recherche de mise en page en adéquation avec le texte. Les illustrations (dessins, collages, illusion de vrai papier, typographie fantaisie) expriment parfaitement le ressenti de Fanny, même si elles m'ont parfois semblé superflues. J'ai apprécié la mise en valeur des dialogues avec le jeu de couleur (une par personnage). L'ensemble dégage beaucoup de dynamisme.

 

Quand Fanny apprend que son père part au Japon pour un projet personnel, elle se sent abandonnée: sa mère est morte quand elle avait trois ans et il est pour elle sa seule famille. C'est le sentiment de solitude qui se dégage ainsi des premiers écrits de son journal: Fanny se sent seule chez sa tante, dans son nouveau collège et n'a, qui plus est, aucune nouvelle de sa meilleure amie Sophie. "Ici, à Sainte-Lorette, je suis transparente". D'abord touchante, l'adolescente finit par agacer légèrement. Elle en veut injustement à son père ("C'est le rêve de ma vie. T'es pas capable de comprendre ça, bon sang?!"), ne cherche absolument pas à s'intégrer à sa nouvelle vie ("Si t'essayais de t'adapter à nous, tu verrais qu'on n'a pas que des défauts.") et sa fierté l'empêche de se confier.

 

Heureusement le mystère autour de la mort de sa mère ("un bête accident de voilier") vient bousculer la situation. Le père de Fanny n'a jamais voulu en parler et a toujours prétendu qu'il ne restait rien de sa femme. Or à Sainte-Lorette, la jeune fille va tomber sur des photos et croiser des gens qui ont connu sa mère... Le sentiment de trahison vient s'ajouter aux griefs contre son père ("Il était la seule personne que j'avais au monde et il m'a menti"). Mais au lieu de se lamenter, Fanny va enquêter. C'est l'occasion de faire mieux connaissance avec Léonie (rencontrée au collège) et Henri (le beau-fils de sa tante) qu'elle avait mal jugés au premier abord: "Je commence à me demander si je ne me suis pas trompée au sujet d'Henri". Et de Tommy. Et de M. Birgman...

 

En démêlant le "gros tas de mensonges" de son père, Fanny va mettre à plat ses sentiments et gagner en maturité ("Ne plus jamais juger quelqu'un sur son apparence"). Plus attentive aux autres, elle va apprendre à gérer "les émotions qui nous habitent après les grandes catastrophes" et qui "se transforment et nous transforment"... jusqu'à la prochaine surprise préparée par son père!

Patricia Deschamps, juin 2020



Retrouvez Takalirsa sur Facebook, Babelio, Instagram  Youtube, Twitter et Tik Tok

Making of d'une chronique