Colorado train

Thibault VERMOT

C'est fou comme dans le noir le cerveau perd le nord.

Sarbacane, 2016, 362 p. (Exprim')
Sarbacane, 2016, 362 p. (Exprim')

Durango, Colorado, 1949.

La poussière rouge. Les sombres Rocheuses. L'Amérique profonde, tout juste sortie de la Seconde Guerre mondiale. 

 

C'est dans ce monde-là que grandissent Michael et ses copains : le gros Donnie, les inséparables Durham et George, Suzy la sauvage. Ensemble, ils partagent les jeux de l'enfance, les rêves, l'aventure des longs étés brûlants...

 

Jusqu'au jour où un gosse de la ville disparaît. Avant d'être retrouvé, quelques jours plus tard... à moitié dévoré.

Aussitôt, la bande décide d'enquêter

 

(Texte : 4e de couverture)

Mon avis :

"C'était presque comme ♪ Big rock candy mountain..." (p.212)
"C'était presque comme ♪ Big rock candy mountain..." (p.212)

D'abord l'écriture surprend, avec son style relâché, ses syllabes avalées et ses négations oubliées. Des phrases nominales, souvent, ou interrompues, avec des mots anglais. Un style un peu rude, abrupt. Et puis on finit par se laisser porter par ces tournures qui, finalement, contribuent à l'atmosphère aride de cette ville américaine.

 

L'auteur prend le temps de nous présenter la bande de gamin(e)s, notamment l'épisode de la Raclée qui a scellé leur amitié. Suzy est la seule fille mais elle n'a pas froid aux yeux. Fille d'un flic que le métier a fait lentement dériver vers l'alcool et la violence. Don est le petit gros maltraité par Moe le cogneur, même s'il ne manque pas de courage. Il le tire des photos de filles à poil qu'il lorgne le soir. George et Durham ne jurent que par leur fusée, qu'ils construisent patiemment. Intellos dégourdis. Quant à Michael, il souffre de l'absence de son père, le tristement célèbre Paul Lisevsky. Alors il se raconte des histoires, qui virent parfois au cauchemar. Ce sont les préférées de son petit frère Calvin.

 

Jusqu'au jour où le croque-mitaine s'invite à Durango. Wendigo, Gray Man : appelez-le comme vous voulez. On est tous d'accord : c'est un monstre. De ceux qui peuplent les légendes à travers le monde. L'auteur joue d'ailleurs beaucoup sur les terreurs enfantines. Le passage le plus réussi selon moi est celui dans la mine abandonnée, frissons garantis ("- La chose qui nous poursuivait... C'était quoi ? - C'était la Peur, mon pote."). Mais ce monstre-là est bien réel. On le sait d'emblée, puisqu'il prend la parole par intermittence. Les allusions sont évidentes : expressions allemandes, campagne normande, godasses de G.I. Ce hobo, c'est la guerre qui l'a conduit à la folie. Aux pires atrocités. Les enfants ne le savent pas. Mais c'est bien eux qui remonteront sa trace. Les adultes sont des incompétents. Plus d'une fois les uns et les autres le frôleront sans le savoir, ajoutant à la tension ("Y a quelque chose qui nous regarde"). Là, dans l'ombre. Dans ton dos. Dans le noir.

 

J'oubliais le train. Un personnage à part entière, pourtant. Toujours en toile de fond, cyclope dans la nuit. Complice du Bien comme du Mal. Acteur principal de la dernière grande scène d'action, très filmique.

Voilà. J'ai été déstabilisée. D'habitude je déteste ça. Et en refermant ce livre, je me suis dit : pourquoi pas ?

Octobre 2017

voir aussi "Je suis ta nuit" de Loïc Le Borgne
voir aussi "Je suis ta nuit" de Loïc Le Borgne

 

Un 2e conseil lecture pour 1 clic de plus !

L'avis de Michaël, 16 ans :

Un style très visuel et une histoire prenante !

Janvier 2018

rubrique Policiers / Thrillers
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