Celle qui voulait conduire le tram

par Catherine CUENCA

Ce sont les hommes qui ont défini les règles que nous suivons aveuglément.

Talents hauts, 2017, 160 p. (Les héroïques)
Talents hauts, 2017, 160 p. (Les héroïques)

Lyon en 1945. Luce a acheté la maison de son oncle Célestin qui vient de décéder. Célestin avait pour épouse Agnès, portée disparue depuis une nuit de 1920... Que s'est-il passé ?

 

Lyon en 1916. Célestin a été mobilisé et Agnès travaille dix heures par jour à l'usine sur une machine à tisser. Alors quand elle apprend que la compagnie de tramway recrute des femmes pour pallier l'absence des hommes, elle postule aussitôt.

 

Mais lorsque son mari rentre blessé de la guerre, il supporte mal que Agnès gagne plus que lui. Une fois la paix revenue, Agnès est renvoyée : les hommes doivent retrouver leur place. Révoltée par cette injustice, elle s’engage dans le mouvement des suffragettes. C’en est trop pour Célestin.

 

Mon avis :

Un roman à la fois bouleversant et tonifiant sur ces femmes courageuses qui ont amorcé un mouvement vers l'égalité pendant la Grande Guerre.

"Les métiers du transport requièrent une résistance et une maîtrise de soi dont les femmes, par nature, sont incapables.", "Les femmes n'entendent rien à la mécanique." : les préjugés et les manifestations de curiosité abondent en présence des wattwoman (conductrices de tramway) ! Mais pour Agnès, c'est à la fois un motif de fierté et d'épanouissement après son dur travail à l'usine de textile.

 

Et voilà que Célestin revient du front, traumatisé comme beaucoup de soldats ("Cette guerre a tout foutu en l'air.") Blessé physiquement et dans sa fierté d'homme (diminué), il noie son mal être dans l'alcool, se ferme au dialogue et fait même preuve de violence, au point qu'Agnès ne reconnaît plus celui qu'elle a épousé ("Ils sont tous différents, ces hommes qui reviennent du front"). La situation atteint son apogée lorsque Agnès, comme toutes les autres femmes, est renvoyée "sans aucune reconnaissance pour les efforts consentis pendant quatre ans"... Son sentiment d'injustice est incommensurable ("Rien ne sera plus jamais comme avant... sauf pour nous, les femmes.") tandis qu'à l'atelier elle se voit incomprise ("Tu croyais valoir mieux que nous ?") et rejetée, subissant "une avalanche d'injures et de reproches injustifiés".

 

C'est ce qui la rendra sensible aux discours féministes des suffragettes, passionnés et très convaincants au demeurant. Même si celles-ci, encore peu nombreuses, victimes de préjugés (une femme en pantalon est une "invertie", une lesbienne) et leur révolte pas encore suffisamment partagée - y compris par les femmes ! - pour enclencher un mouvement politique significatif, les opinions s'ébranlent et les (ré)actions amorceront la révolution que constituera l'obtention du droit de vote en 1945 ("Voter, c'est exister !").

Un roman indispensable à lire, d'autant plus que son écriture fluide le rend facile d'accès et que son ton enthousiaste fait revivre cette période historique de manière captivante !

Octobre 2018

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