Vivre ses vies

roman de Véronique PETIT

C'est ça être courageux. C'est avoir peur et y aller quand même.

Rageot, 2020, 256 p.
Rageot, 2020, 256 p.

 

Dans le monde où vit Gabriel, une prise de sang à l'âge de 13 ans indique de combien de vies on dispose. La plupart des gens sont des mono-vies ou bien disposent d'une ou deux vies bonus. Gabriel en a six !

Il décide d'en profiter pour assouvir sa passion pour le parachutisme. Mais quand on ne fait pas attention, on perd rapidement son avantage... Comment Gabriel va-t-il gérer le sien ?

Mon avis :

Un roman pour réfléchir sur la valeur et le sens de la vie.

"Hériter de plusieurs vies peut être très déstabilisant". Gabriel en dispose de six et dans un premier temps, il a tendance à les "gaspiller" pour assouvir son besoin de sensations fortes. Quand on a des vies bonus, on peut en effet être tenté de vivre plus dangereusement, de prendre plus de risques ("multi-vies: une vie entière de possibilités"). C'est son camarade de classe Tely, qui a déjà perdu plusieurs vies (on saura plus tard pourquoi), qui l'alerte en premier: "La vie est précieuse, même si elle est bonus".

 

D'un autre côté, quand on réalise que la vie bonus reprend à l'âge où s'est arrêtée la précédente, il est normal de se demander si cela vaut la peine de les préserver à tout prix: Mamilie a toujours la sienne à 90 ans et ne devrait donc pas gagner beaucoup de temps! Est-ce pour autant une raison pour tout craindre, comme maman avec sa "Bible des risques"? Peut-être Gabriel est-il aussi casse-cou parce qu'il a été surprotégé.

 

Une chose est sûre: l'adolescent est fier de ses multi-vies pour de mauvaises raisons. Son obsession est d'être un héros aux yeux des autres ("Exister. Etre vu."), notamment de la belle Mila. Gabriel souffre d'être un garçon ordinaire ("le garçon qu'on ne voit pas, qui n'existe pas") et il pense qu'avoir plusieurs vies peut susciter l'admiration des autres. En réalité, ceux-ci considèrent qu'il n'a aucun mérite ("C'est facile pour lui"). Et même qu'il est normal qu'il utilise ses vies bonus pour sauver celle de ceux qui n'ont pas sa chance ("Tes vies bonus représentent autant de remparts entre toi et la mort"). Mais pour Gabriel, ce n'est alors "plus un cadeau d'avoir plusieurs vies. Juste une responsabilité" dont il se passerait bien.

 

Ne pas avoir à redouter "que la mort vienne te cueillir à l'improviste" est certes confortable. Cependant "les deux-vies prennent d'autant plus soin de leur vie bonus qu'ils n'en ont qu'une", tout en pouvant "faire ce qu'on n'aurait pas pu faire avec une seule vie". Et si on n'a pas de vie bonus alors, est-ce qu'il faut choisir entre vivre à fond sa passion et avoir une vie courte, ou bien s'ennuyer jusqu'à en mourir? En réalité, tout est dangereux quand on fait n'importe quoi ("Je prends des risques maîtrisés"). Et quand on n'en a qu'une (comme nous!), il faut d'autant plus savoir la préserver précieusement et "en savourer pleinement chaque instant".

 

Si j'ai trouvé la structure de ce roman un peu trop linéaire (un événement entraînant une réflexion), il permet d'ouvrir un débat intéressant sur la façon d'appréhender la vie ainsi que la notion de courage.

 

Patricia Deschamps, janvier 2023

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